Le jardin botanique de Nantes

De Anne-Sophie Montigny
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Présentation

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Ce mémoire scientifique a été réalisé dans le cadre du master 1 "sauvegarde et expertise du patrimoine culturel et documentaire" de Troyes. Chaque élève devait choisir un sujet en fonction de ses préférences. Très sensible à l'art des jardins et à l'environnement, j'ai décidé de travailler sur le jardin botanique de Nantes. Mon mémoire a été soutenu en septembre 2007 et s'intitule : Le jardin botanique de nantes, collections et missions. Durant mes recherches, j'ai été encadré par M.Buridant professeur à l'IUP.

Résumé

La ville de Nantes possède un riche passé portuaire grâce auquel la ville s’est enrichie économiquement mais aussi culturellement. Avec les expéditions dans les pays lointains, des produits exotiques ont afflué vers la ville parmi lesquels des plantes exceptionnelles. La ville est naturellement devenue le laboratoire scientifique pour l’étude de ces végétaux encore inconnus en Europe, faisant du patrimoine naturel nantais une référence et une spécificité qui réside encore aujourd’hui.

Ce mémoire revient sur l’histoire de la création du jardin botanique de Nantes afin de comprendre comment se sont créées les collections végétales et les missions du jardin. Le mémoire se compose de trois parties. La première revient sur les débuts du jardin et les différents directeurs qui l’ont dirigé. Le plan du jardin a subi des modifications au cours de son histoire, en partie selon la personnalité des directeurs. Dans un premier temps, le jardin a conservé l’aspect du jardin médicinal, en plates-bandes, pour facilité l’étude des plantes. Puis, avec Ecorchard, le plan à l’anglaise a été adopté, procurant ainsi au jardin un aspect esthétique agréable pour les visiteurs. La deuxième partie s’intéresse à la création des collections, des débuts du jardin à la direction d’Ecorchard. Les plantes exotiques sont principalement apparues au jardin grâce aux expéditions mais aussi grâce aux échanges de graines entre jardins, notamment avec le jardin du Roi par l’intermédiaire d’André Thouin. Enfin, la troisième partie aborde la question des collections et des missions actuelles. Les collections ne cessent de croître toujours grâce aux échanges de graines et aux herborisations effectuées dans la région. Actuellement, il existe trois missions principales pour le jardin botanique. La mission de conservation est bien sûr la première de ces missions. Le jardin assure aussi les recherches scientifiques et techniques puisqu’il reste avant tout un établissement scientifique comme lors de sa création. Enfin, le nouvel objectif du personnel du jardin est de mettre en valeur le patrimoine naturel en proposant des visites et des animations. Grâce à cette étude, nous comprenons que le jardin botanique est un organisme dynamique puisqu’il s’est facilement adapté aux besoins des époques. La question de l’avenir du jardin se pose alors. Quels seront les enjeux du jardin botanique de demain ? Le jardin sera la structure idéale pour conserver les végétaux menacés à la fois « in-situ » et « ex-situ ». De plus, il sera le lieu le mieux adapté à la sensibilisation du public à l’environnement.

INTRODUCTION

L’histoire de la ville de Nantes est intimement liée à sa vocation portuaire. Le patrimoine industriel y est considérablement représenté notamment grâce aux chantiers navals aujourd’hui réhabilités par les services de la ville. Le commerce maritime a enrichi la ville de nombreuses marchandises venues de loin, parmi lesquelles des plantes exotiques exceptionnelles. Dans ce contexte de découvertes des nouveaux mondes, une nouvelle vocation pour Nantes était née. Une nouvelle structure d’accueil devait être imaginée pour protéger et étudier les nouvelles espèces végétales. L’histoire du jardin botanique de Nantes commence ainsi. À sa création, les collections étaient bien différentes de celles que les visiteurs peuvent apprécier actuellement. Le jardin botanique s’est façonné avec le temps, en changeant tantôt d’aspect tantôt de fonction pour aboutir à un jardin aujourd’hui classé « Jardin remarquable ». Quelles ont été les missions du jardin à ses débuts et quelles sont-elles aujourd’hui ? Quelle collection végétale existait-il autrefois et quelle est-elle aujourd’hui ? À une époque où la préservation du patrimoine environnemental fait l’objet de plus en plus de débats, quelle place donner au jardin botanique ? Toutes ces questions seront les fondements d’un mémoire sur les collections et les missions du jardin botanique de Nantes.

Avant de rechercher des réponses, il est essentiel de définir ce qu’est un jardin botanique. Selon Marie-Hélène Benetière, un jardin botanique est « un jardin d’intérêt scientifique, généralement public, présentant une couverture végétale composée en principe d’espèces indigènes ou étrangères, destinées à l’étude ou à la collection, à la diffusion des espèces et à l’échange de graines, plants, boutures, et greffons [1]».

À la lumière de cette définition, on constate que le jardin botanique n’entre dans aucun type de jardins communément reconnu. Il ne s’agit ni d’un jardin d’agrément, créé dans un but esthétique, ni d’un jardin d’utilité, consacré à la culture de plantes potagères ou médicinales. Mais cette définition du jardin botanique a-t-elle toujours été la même ? Le sens n’a-t-il pas évolué avec les ajouts de chaque époque ? Pour répondre à cette question, il est important de rechercher l’origine des premiers jardins botaniques et de comprendre leurs fonctions.

Comme souvent, la première source textuelle vers laquelle on se tourne est la Bible. Si l’on explore cet écrit, on trouve mention du célèbre jardin d’Eden dans lequel Dieu a envoyé le premier homme sur terre (voir Annexes V.1.A). On peut lire dans la Genèse au chapitre 1 : « Dieu dit : “ Que la terre produise l’herbe, la plante qui porte sa semence, et l’arbre à fruit qui donne, selon son espèce, le fruit qui porte sa semence [2].” »

Selon l’Ancien Testament, le jardin d’Eden est le jardin idéal et primordial, le paradis. Toutes les espèces végétales y seraient plantées et posséderaient chacune leurs propres qualités. Une telle collection procurerait ainsi à ce jardin le titre de tout premier jardin botanique. La définition du terme prend déjà ici un sens différent de celui énoncé précédemment car seule la diversité des végétaux est présente au détriment de l’aspect scientifique du jardin. D’ailleurs, il est bien clair que ce document n’est pas un rapport scientifique ou un chapitre d’encyclopédie. C’est un document théologique qu’il faut considérer comme tel. Concernant les sources historiques pures, il faut davantage s’intéresser aux civilisations égyptiennes ou mésopotamiennes. Dans les ouvrages de cette époque, on découvre les premières traces des jardins botaniques à Thèbes ou à Babylone. On sait qu’en l’an 9, la reine Hatshepsout a fait envoyer le chef du Trésor Néhésy en expédition au pays de Pount. C’est en ces lieux que les Egyptiens nouèrent des contacts pacifiques avec le peuple Pountite. Grâce à cela, on rapporta de nombreux produits exotiques, notamment des arbres à encens. Cette première expédition est particulièrement importante, puisqu’elle démontre déjà l’intérêt des hauts monarques pour la végétation des pays environnants. La reine Hatshepsout a d’ailleurs placé ces plantes dans de grands paniers dont on peut encore voir l’image sur les murailles du temple de Deir el-Bahari, à Thèbes.

Arbres à encens représentés sur les murs du temple Deir el-Bahari à Thèbes. Photo : Florence Gombert[3]
Bien que ces premières sources démontrent un intérêt des peuples anciens et des grands monarques pour les plantes et leur mise en valeur, nous sommes encore loin d’une étude complète des plantes, de leur mode de vie ou même d’une classification. Il faudra attendre Théophraste pour que les sciences botaniques se développent enfin et tracent par la même occasion le chemin des premiers jardins botaniques.

Théophraste est un philosophe et un naturaliste que beaucoup considère aujourd’hui comme le premier botaniste. Il vécut de 372 av. JC à 2887 av. JC, pendant l’époque du siècle d’or d’’Athènes, il étudia auprès de Platon puis d’Aristote. Il poursuivit les travaux sur les plantes médicinales d’Hippocrate puis continua ses études sur les êtres vivants selon les pensées d’Aristote et les bases instaurées par Platon. Selon cet enseignement, les êtres vivants sont classés en catégories suivant une hiérarchie précise,, au sommet de laquelle on trouve l’homme, stade ultime de l’évolution. La faune et la flore constitueraient quant à elles une catégorie qui ne se justifierait que par son utilité à l’égard du dernier maillon de l’évolution, l’être humain. On sait que Théophraste acclimatait les plantes venues de pays étrangers et qu’il avait participé à une expédition avec Alexandre Le Grand en Egypte. Ce voyage lui aurait permis de découvrir et de compléter ses connaissances en matière de plantes de rivière, de lac et de marais. Théophraste écrivit de nombreux ouvrages qui décrivaient les résultats de ses recherches. Cependant, il ne nous reste que deux écrits sur la botanique, mais ceux-ci représentent déjà une source historique importante dans l’histoire de cette science. Le premier de ces ouvrages est intitulé Recherches sur les plantes, et relate la méthode d’observation et de classement des végétaux de Théophraste. Ce livre est déjà essentiel dans la recherche botanique puisqu’il est conçu à l’intention de ses étudiants. Théophraste établit une classification botanique selon des principes qui encore aujourd’hui demeurent, à savoir les caractères morphologiques, les pétales et la position de l’ovaire chez les plantes. Il parvient donc à une classification en quatre ordres que de nombreux successeurs reprendront en apportant quelques modifications personnelles : les arbres, les arbrisseaux, les arbustes et les herbes. Le second ouvrage, en six volumes, se nomme Les causes des plantes et sera, comme le précédent, retraduit de façon fiable à la Renaissance. Dans ce second écrit, Théophraste définit les fonctions des racines, déjà définit par son maître Aristote comme étant les organes permettant à la plante de se nourrir. Théophraste définit également les fonctions de la tige, des branches et des feuilles.

Au XVe siècle, les sources antiques sont remises en valeur et souvent rééditées. On reprend notamment les écrits de Théophraste. De nombreux humanistes sont attirés par l’étude de la nature comme par exemple Jules César Scaliger qui traduisit en latin des ouvrages scientifiques d'Hippocrate, d’Aristote et de Théophraste. Scaliger donnait beaucoup d'importance à la médecine par les plantes. À la Renaissance, on commence aussi à s’interroger sur la croissance des plantes, leurs variétés et leurs origines géographiques. On s’attache aussi à associer les méthodes de classement systématique et les méthodes de l’organisation mathématique du savoir. Cet état de fait est clairement perceptible dans l’ouvrage de François Rabelais publié pour la première fois en 1535, Gargantua. Cette œuvre fait l’éloge de l’enseignement humaniste à travers le personnage de Gargantua qui étudie la géométrie, l’astronomie et la musique mais également les plantes grâce aux écrits des anciens. Dans Gargantua, on peut découvrir l’esquisse d’une éducation complète par la nature, où l’on associe tradition médiévale et jardin des simples, au vrai jardin botanique, tel qu’on le connait actuellement, c’est-à-dire comme un laboratoire de plein air accueillant des végétaux du monde entier.

Cet intérêt des hommes de la Renaissance pour la botanique suscite la création de jardins botaniques, nouvelle étape de l’évolution de la connaissance des végétaux. Ces premiers jardins botaniques, nommés « hortus medicus », sont établis à Pise en 1543, à Padoue et à Florence en 1545. Ils sont principalement destinés à l’usage des facultés de médecine, puisqu’on y trouve directement les plantes médicinales que les étudiants doivent examiner. Des végétaux exotiques y sont également importés afin d’y être acclimatés. À ce titre, on constate que ces jardins correspondent parfaitement à la définition donnée en début de mémoire. Il s’agissait bien au XVIe siècle de jardins d’intérêt scientifique. À la fin du XVIe siècle, l’essor des jardins botaniques est visible dans tous les pays du nord et du nord-ouest de l’Europe, en Hollande, en Allemagne et enfin en France. Des jardins voient le jour à Cassel en 1567, Leyde et Brelau en 1587, Montpellier et Heidelberg en 1593, Oxford en 1621 ou encore à Paris avec le « Jardin du Roy », créé entre 1625 et 1636 par Guy de la Brosse, médecin du roi Louis XIII (voir Annexes V.1.B.) Certains de ces jardins étaient plantés dans un souci esthétique comme par exemple le Jardin du Roi. Il n’en était pas moins un jardin à vocation scientifique puisqu’il accueillait des plantes médicinales dont les vertus étaient étudiées. Parmi les jardins cités, on trouve également des jardins prévus à l’usage des facultés de médecine donc uniquement à but scientifique, mais aussi des jardins d’agrément dont les fonctions sont aussi bien d’embellir que de présenter une collection de plantes digne d’intérêt. Ces deux types de jardins n’en sont pas moins des jardins botaniques, puisque selon la définition, ils présentent une collection cohérente permettant l’étude des plantes. Ne peut-on pas alors donner une définition nouvelle au jardin botanique ? Le jardin botanique en plus de posséder un intérêt scientifique pourrait tout autant être imaginé selon un plan esthétique agréable pour les visiteurs. Avec ces exemples de jardins, on constate que le jardin botanique tout comme sa définition, évolue. Comment ce processus est-il décelable ? Le passage du jardin attenant à une faculté de médecine au jardin botanique est assez difficile à établir puisqu’il se fait progressivement. On peut toutefois imaginer qu’introduire des plantes sans intérêt médicinal dans un tel jardin, dans le seul but d’en compléter les collections, serait un indice significatif de cette évolution. L’esprit encyclopédique demeure dans chacun de ces jardins et influe souvent sur le tracé du plan. À Padoue, le jardin botanique a été conçu comme un jardin de plaisance. On lui attribue le même sens de l’élégance et de l’harmonie. Dessiné par Giovanni Moroni de Bergame, le jardin est créé selon un plan centré. Il est installé sur un espace circulaire enclos de 84m de diamètre, divisé en 16 sections, dont chacune est dévolue à une espèce afin de permettre aux étudiants de les identifier. On trouve à Padoue, une association entre un plan plutôt esthétique et un plan plus pratique permettant de simplifier l’apprentissage de la botanique (Voir Annexes V. A. 2) Cet exemple est un cas assez particulier car on trouve des plans bien plus simples dans les autres jardins botaniques. Généralement, il s’agit d’un jardin carré divisé en quatre sections, correspondant aux quatre points cardinaux. Dans chacune des sections sont plantées les espèces représentant les différents endroits du monde. Bien sûr, chaque jardin possède ses propres spécificités. Les plantes étaient différentes selon les lieux et les envies des concepteurs. Il s’agit à présent de s’interroger sur le cas tout à fait particulier du jardin botanique de Nantes, qui fut l’un des premiers à bénéficier de l’arrivage des plantes exotiques. Nous tenterons d’expliquer l’évolution passée et future des collections du jardin botanique en répondant à la question suivante : Comment sommes-nous parvenus à établir une telle collection de plantes depuis la création du jardin au XVIIe siècle, et comment le jardin actuel peut-il encore évoluer ? Dans un premier temps, il sera important de situer le contexte de création du jardin botanique et les modifications qu’il a connu. Il s’agira ensuite d’étudier la formation des collections au fil des siècles avant d’achever notre étude par les missions actuelles du jardin botanique.

Le jardin botanique de Nantes : un jardin scientifique lié aux esthétiques des époques

A l’origine du jardin actuel, le jardin des Apothicaires

Le rôle important des maîtres Apothicaires dans la création du jardin

La première démarche de création d’un jardin des plantes à Nantes est lancée en 1687 par les maîtres Apothicaires. Ceux-ci désirent obtenir le terrain en contrebas de la motte Saint-Nicolas, autrefois réservé aux exercices de tir des chevaliers Papefault, afin d’y cultiver des plantes médicinales et d’y construire un laboratoire. En février 1688, Louis XIV autorise enfin cette prise de possession, tout en réservant la propriété du jardin à la ville, ce qui causera plus tard quelques torts aux Apothicaires. En obtenant ce terrain, les Apothicaires avaient également le privilège de bâtir et de garnir des « Coffres de Marine », qui servaient de pharmacie portative pour les navires quittant le port de Nantes. Avec le développement du commerce triangulaire et du trafic maritime, les espèces nouvelles affluent dans les ports. Pierre Chirac, intendant du Jardin Royal de Paris, trouve un vif intérêt à faire du jardin des Apothicaires un jardin des plantes où toutes les nouvelles espèces pourraient être déposées. En juin 1719, il écrivait :
Entendons que le dit jardin prenne la qualité de “ Jardin royal des Plantes ”, qu’il soit annexé et subordonné à notre jardin du Roy du Faux Bourg Saint-Victor de Paris, et soit comme un entrepôt, un “séminaire” de notre dit jardin pour l’entretien et la culture des plantes de “pais” étrangers, qu’à cet effet le Directeur cy-dessous nommé prenne soin de retirer les caisses des plantes, graines et racines qui leur seront adressées pour le compte de notre Jardin du Roy du Faux Bourg Saint-Victor et qu’il communique à notre Intendant de notre jardin des plantes nouvelles et rares qu’il recevra des “pais” étrangers et qu’il cultivera dans le dit jardin de Nantes[4].
Avec l’introduction de plantes encore inconnues et les nouvelles missions confiées aux Apothicaires, le jardin change donc progressivement de statut et devient jardin botanique, apte à recevoir et acclimater les plantes venues des contrées lointaines. À la fin du XVIIIe siècle, l’histoire de France connait un tournant décisif engendré par la Révolution. L’avènement de la République bouleverse de nombreuses institutions, et les Apothicaires sont eux-mêmes dépourvus de leurs statuts. À Nantes, les Apothicaires sont touchés par cette tourmente révolutionnaire et leur jardin est déclaré bien national et menacé d’être vendu. Cependant, les Apothicaires restent déterminés à conserver leur cher jardin. Ils adressent alors une lettre au Directoire exécutif, démontrant le rôle du jardin dans l’instruction pharmaceutique et dans la culture des plantes médicinales. De plus, afin de démontrer leur implication dans l’éducation des citoyens, les Pharmaciens proposent d’établir des cours gratuits et publics, de chimie, de botanique usuelle et de pharmacie, à l’image de ceux proposés par l’Ecole gratuite de Pharmacie de Paris. En 1796, le Directoire est ainsi convaincu et renonce à la vente du jardin des Apothicaires :
Considérant que ce jardin destiné à la culture des plantes médicinales, renferme une grande quantité de plantes et arbustes nécessaires aux traitements des maladies qui affligent l’humanité, et a des cours de botanique et de chimie pour l’instruction des élèves en pharmacie, chirurgie et médecine, que sous ce rapport, il doit être considéré comme un établissement d’utilité publique[5].

Le jardin des Apothicaires a accueilli un grand nombre de plantes depuis qu’il est devenu l’étape obligatoire pour les plantes exotiques avant leur dernier voyage vers Paris. L’introduction de ces nouvelles plantes a poussé le jardin à occuper de plus en plus d’espace et d’importance. En 1793, lorsque la convention nationale[6] décide la création dans chaque département d’un jardin botanique de quatre arpents[7] le choix se porte généralement sur d’anciens jardins médicinaux (voir Annexes V.2). Cependant, à Nantes, le jardin des Apothicaires est trop étroit pour répondre à cette demande. On choisit finalement de transformer le jardin potager de l’ancienne communauté des Ursulines, dont les religieuses ont été dépossédées durant la Révolution, en jardin botanique. Celui-ci est installé entre le faubourg Saint-Clément et celui de Richebourg[8] est confié aux soins de Lemeignen, médecin et professeur de botanique.

Le jardin des Apothicaires subsista tout de même malgré la création de ce nouveau jardin. En 1813, le jardin médicinal est reconnu d’utilité publique, et en 1819 la Société des Pharmaciens de Nantes, qui remplace la corporation des Apothicaires, entreprend la création d’un droguier d’étude[9]. En 1840, le jardin des Apothicaires est pourvu d’une bibliothèque et en 1844 d’une classe de botanique. Cependant, en 1873, le jardin des Apothicaires disparut en grande partie à cause de l’ampleur considérable prise par le jardin botanique de Nantes au XIXe siècle. De plus, le jardin n’est pas rentable pour la commune qui décide de récupérer le terrain. Après un procès entre les pharmaciens et la ville de Nantes, le jugement du tribunal de Nantes retire à la Société des Pharmaciens l’usage du jardin :
Ce que nous regrettons, c’est que ce jardin, comme beaucoup d’autres monuments et quartiers de notre vieille cité, va disparaître sans laisser de traces pour notre histoire locale, et que, dans quelques années, nous serons à nous demander où il était[10].

Les débuts du jardin botanique de Nantes

Le premier jardin botanique de Nantes a été fondé au sein de l’ancien jardin des Apothicaires. Le terrain était déjà en place, la disposition en planches [11] s’adaptait aux besoins des nouvelles plantes et les pharmaciens étaient les plus aptes à l’époque pour entretenir les végétaux. Le choix de l’intendant du roi était tout à fait sensé et d’ailleurs, les premiers jardins botaniques d’Europe étaient quasiment tous à l’origine des jardins de plantes médicinales.

Les plantes médicinales ne cessent de gagner du terrain au jardin et la variété des plantes qu'on introduit peu à peu au fil des découvertes à travers le monde ne cesse de croître. Les pharmaciens ont reçu de nombreux échantillons de plantes aux vertus pharmaceutiques. Grâce au droguier dont ils entreprennent la réalisation à partir de 1819, on connait le nom d’un grand nombre de plantes conservées dans ce jardin. Près de 400 espèces végétales étrangères sont répertoriées et portent chacune leur nom vulgaire et scientifique ainsi que le nom du pays d’origine et de leur donataire. Parmi ces donataires, on trouve Hectot, pharmacien nantais, qui prendra la suite de Lemeignen à la direction du second jardin botanique nantais, établi au couvent des ursulines. Dans la rubrique «  racines et bulbes », on trouve par exemple l’espèce dite de Pepplemool ou Poivrier du Japon rapportée à Nantes en 1819 par Desbrosses, capitaine de port. Les expéditions dans les pays lointains sont le moteur essentiel du développement du nombre d’espèces connues. Nous le verrons dans une seconde partie.

Le nouvel emplacement du jardin des plantes de Nantes est choisi en 1793 afin de satisfaire au choix de la Convention nationale de créer un jardin consacré à la botanique dans chaque département. François Lemeignen, ardent défenseur d’un grand jardin botanique, y est nommé à la direction. Cependant, malgré sa volonté, le jardin nantais ne prendra pas l’essor escompté. En 1803, Hectot devient le nouveau directeur d’un jardin qui finalement changera encore une fois d’emplacement. En effet, en 1805, les limites d’un nouveau terrain attenant au couvent des Ursulines sont définies par le préfet Belleville car l’Ecole Centrale, installée sur le terrain des Ursulines, est transformé en lycée impérial. Le nouvel emplacement, définitif cette fois-ci, est vaste puisqu’il couvre à peu près la superficie du jardin actuel, soit environ 7 hectares. On y trouve des bâtiments d’exploitation, des vignes, des vergers et des prairies. On consacre la partie nord du jardin à la botanique tandis que la partie sud est affermée. Le premier plan est dessiné par le conservateur des bâtiments civils du département, Félix-François Ogée. Comme dans les jardins médicinaux, les plantes sont semées dans des plates-bandes parallèles, ici ordonnées autour d’un bassin central. On constate que ce bassin ajoute un aspect esthétique au jardin botanique, pourtant essentiellement tourné vers l’étude des plantes. En 1807, un arrêté préfectoral confirme la vocation du jardin nantais et ses fonctions de « succursale utile au Jardin des Plantes de Paris ». Des travaux sont lancés pour le nivellement[12] du terrain mais aucun financement n’est débloqué pour la création d’une serre chaude qui est, selon Hectot, nécessaire au bon développement du jardin botanique. Le Conseil Départemental projette plutôt de faire du jardin une pépinière départementale, en concurrence avec les horticulteurs. Ce projet est en totale opposition avec celui du préfet Decelles qui souhaite que le jardin des plantes accueille les importations et devienne un terrain d’essais de culture et de naturalisation utiles aux horticulteurs pour diversifier et enrichir leurs collections. Ces désaccords entrainent la suspension des travaux qui ne reprendront qu’en 1811 toujours dans l’optique de créer une pépinière départementale. Le Conseil projette également de creuser un bassin au centre du jardin mais refuse toujours la construction d’une serre chaude, qui ne sera réalisée que 40 ans plus tard, sous la direction d’Ecorchard. Néanmoins, en 1816, Hectot obtient tout de même la création d’une serre tempérée. Jusqu’à la mort d’Hectot et malgré son engouement et son amour de la botanique, l’aspect du jardin restera assez précaire. Ce n’est qu’avec l’arrivée de l’horticulteur parisien Antoine Noisette en 1822 que des changements significatifs s’opèrent.Effectivement, le jardin nantais est redessiné selon un plan « à la française » à l’image du Jardin des Plantes de Paris.

Le jardin « à la française » d’Antoine Noisette

Le grand pépiniériste parisien à Nantes

En 1822, le Maire de Nantes, Louis Lévêque, fait venir de Paris Antoine Noisette, un horticulteur renommé. Ce pépiniériste déjà propriétaire d’un grand jardin rue du Faubourg Saint-Jacques à Paris a été considéré digne de confiance et suffisamment compétent par l’assemblée des Professeurs du Muséum de Paris, pour raviver le jardin botanique de Nantes. C’est en grande partie grâce à sa réputation d’excellent pépiniériste, et à ses qualités pécuniaires que Noisette est désigné à la tête du jardin nantais :
Il est propriétaire d’un grand jardin rue du Faubourg Saint-Jacques, ce terrain rempli d’un très grand nombre d’arbres et d’arbustes de tous les pays, offre l’une des plus nombreuses collections qui existent chez les pépiniéristes de Paris. De toutes les serres qui se trouvent dans la capitale, celles de Noisette sont en même temps les plus avantageuses pour la culture et les plus agréables par leur construction. Le commerce de Noisette en France, en Angleterre, en Allemagne et dans l’Amérique du nord est plus considérable que celui des autres pépiniéristes de Paris. Il mérite la confiance et la protection du gouvernement à cause des sommes considérables que son industrie apporte, chaque année (en temps de paix), dans la balance du commerce français.[13]

On lui confie ainsi la conduite des travaux du jardin qui consistent tout d’abord à terminer le terrassement et la plantation du jardin. De plus, Louis Lévêque exige de Noisette la création d’une école de botanique de 600 plantes et d’arbres fruitiers de 670 sujets. Créer une école de botanique consiste à planter, étiqueter et numéroter les plantes le plus souvent sur des plaques de fer blanc posées sur des tiges de fer. Enfin, l’horticulteur parisien doit constituer une collection d’arbres forestiers et de plantes d’ornement. Il ne sera d’ailleurs pas difficile pour Noisette d’obtenir des arbres de qualité grâce à ses nombreuses pépinières implantées à Paris. On constate que le Maire de Nantes souhaite créer un jardin esthétique bien plus que scientifique, puisqu’il nomme à la tête du jardin un pépiniériste et non un scientifique comme ce fut le cas précédemment. Le nouveau jardin doit permettre à la ville de s’embellir et de rivaliser avec le Jardin des Plantes de Paris.

Un nouveau style pour le jardin botanique de Nantes

Un nouveau plan est adopté pour le jardin botanique de Nantes. Antoine Noisette le structure en deux parties égales. Une première moitié est découpée en quatre parcelles carrées dans lesquelles Noisette fait planter des arbres fruitiers. Cette partie est entourée de grands arbres d’ornement, d’arbrisseaux et d’arbustes. L’autre moitié du jardin est consacrée aux pépinières de Noisette, horticulteur d’origine. Celles-ci seront d’ailleurs à l’origine des désaccords avec Ecorchard, professeur de botanique, qui dénonce l’abandon de la vocation scientifique du jardin au profit d’une immense pépinière. On conserve la plantation rectiligne du jardin d’Hectot, déjà imaginée selon l’esthétique des jardins d’agrément à la française. Noisette est d’ailleurs chargé de poursuivre la plantation de l’allée des magnolias, largement esquissée par Hectot. Avec Noisette, le jardin prend enfin l’allure d’un véritable jardin botanique, planté de multiples espèces végétales et enrichi d’une pépinière pour les futurs semis. Le choix de faire venir un horticulteur parisien n’est pas un hasard. Le Maire de Nantes sait qu’à Paris, il existe un jardin des plantes exceptionnel dont l’influence sur le jardin nantais serait très valorisante pour sa ville. Noisette connait le jardin parisien et décide naturellement d’adopter le même plan « à la française » pour le jardin botanique de Nantes.

À Paris, le Jardin du Roi ouvre ses portes en 1640 et occupe près de 50.000 m2 (Voir Annexes V. 1. C) À cette époque, Guy de la Brosse et Jean Héroard, médecins du roi Louis XIII, insistent pour qu’un jardin destiné à la culture de plantes médicinales soit construit à Paris. Malgré l’opposition de la faculté de médecine de Paris, un premier édit proclame la création d’un Jardin Royal de plantes médicinales en janvier 1626. En 1633, un terrain est choisi dans les faubourgs et les travaux sont lancés. Un second édit est proclamé en 1635 afin de confirmer la création de ce nouveau jardin. Dans son ouvrage De la nature, vertu et utilité des plantes, datant de 1626, Guy de La Brosse propose au roi la création d’un jardin à vocation médicinale. Le médecin prévoit tout, le budget nécessaire à ce jardin, qu’il estime moins important que celui nécessaire à la création du jardin de Montpellier, le nombre de jardiniers nécessaires mais aussi le plan du jardin avec les exactes mesures :
Pour parfaitement accomplir le dessein de la construction du Jardin Royal, il conviendra d’acheter 50 arpents de terre à l’extrémité de l’un des faubourgs de Paris et en lieu propre de bonne situation et proche de l’eau s’il est possible, cette situation est ainsi choisie afin que les vapeurs des cloaques et les fumées des cheminées ne dérobent la rosée aux plantes, leur meilleur vivre.

Ce lieu doit être enclos de murailles de 9 à 10 pieds du rez-de-chaussée sous chaperon, avec chesnes de pierres de taille de 9 pieds en 9 pieds qui monteront pour 50 arpents à 2000 toises environ.

Au milieu du jardin il faudra élever une motte de 7 à 8 toises de haut en 4 à 5 arpents d’assiette, laquelle sera coupée du côté du midi en forme de croissant pour planter à l’orée de cet aspect les plantes qui demandent le chaud et en son sommet celles qui chérissent le haut : du levant vers le septentrion au couchant, elle se formera en douce pente, ayant à ses deux côtés deux bocages[14] d’un arpent chacun ; l’un de haute futaie et l’autre taillis pour les arbres et les herbes qui aiment l’ombre et le frais.[15]
On constate que le Jardin Royal des plantes médicinales est, dès sa construction, conçu comme un jardin botanique. La connaissance des plantes démontre ici la démarche scientifique du médecin du roi. De la Brosse s’intéresse aux besoins des plantes et adapte leur lieu de culture en fonction de cela. Le médecin tente d’associer un plan esthétique à une plantation scientifique regroupant les plantes nécessitant les mêmes conditions climatiques notamment. De la Brosse projette même la création d’une serre, qui n’est pas encore envisagée à Nantes :
Et pour ce qu’il coûterait trop à porter des terres pour élever une telle motte, afin de faire d’une pierre deux coups, il faudra bâtir des voûtes qui serviront de serre pour les plantes qui craignent le froid, lesquelles voûtes seront élevées à un ou deux étages, selon la hauteur requise, par-dessus on portera des terres de diverses conditions selon la nature des plantes que l’on voudra y planter. […] Les parterres contenant les plantes rares doivent être environnés de balustres faits de fer pour la durée et bonté, afin d’empêcher que les indiscrets ne les cueillent, étant du tout impossible que l’on ouvre la porte à beaucoup de monde peu respectueux.[15]
De la Brosse obtient donc satisfaction grâce à sa détermination. Le Jardin Royal de plantes médicinales est inauguré en 1640. Comme pour le jardin nantais, on exploite ce jardin médicinal pour accueillir les plantes venues de loin mais aussi celles de France dont Paris n’a pas encore eu le bénéfice de la culture. De la Brosse promeut d’ailleurs dans son ouvrage la nécessité d’avoir à Paris de telles plantes :
[…] chaque petit canton des provinces nourrit des plantes qui lui sont très particulières. Le Languedoc a les siennes nullement trouvées aux environs de Paris, et le terroir parisien en contient aussi qui se cultivent avec pareille difficulté en Languedoc que celles du Languedoc et de la Provence ici. […] Ceux encore qui prétendent de guérir toutes les maladies du corps humain par le senné et la saignée, désirant de traverser cette utile entreprise pourront aussi dire à Votre Majesté qu’il n’est pas besoin d’un grand jardin pour deux ou trois cents plantes en usage, et que la médecine s’est bien pratiquée dans Paris depuis plusieurs siècles, qu’il est bâti sans telle dépense et sans les nouveautés que je propose, je leur réponds, sire, que cela est vrai en ce qui concerne la vulgaire pratique ; mais aussi ceux qui la suivent sont obligés à la honte de ce ridicule proverbe, que toutes les maladies terminées en “ ique ” leur font la nique.[15]

En 1718, le jardin prend l’appellation de « Jardin royal des Plantes » puis en 1793 le nom de « jardin des plantes ». Le passage du jardin médicinal au jardin botanique se fait assez facilement comme à Nantes puisque tout avait déjà été imaginé pour que le jardin occupe une telle fonction dans la ville.

Sous la direction de Buffon comme surintendant, le Jardin du Roi prend de l’ampleur. En 1740, les allées de tilleuls sont plantées et prolongées jusqu’au quai de la Seine en 1783. Ces longues allées créent de grandes perspectives et proposent une promenade aux visiteurs, comme à Nantes avec la plantation de l’allée des magnolias, débutée sous Hectot et achevée avec Noisette. André Thouin (1747-1824) joue un rôle essentiel dans l’élaboration des collections du Jardin du Roi. Il recueille des milliers de graines et de plantes d’espèces indigènes, les cultive et les acclimate. Il forme des « récolteurs » de végétaux qu’il envoie sur de grandes expéditions et prépare de nombreux disciples à diriger un jardin botanique outre-mer, annexe du Jardin du Roi. Grâce à lui, les collections du roi sont sans cesse enrichies de nouvelles espèces venues des autres jardins botaniques avec qui, Thouin entretient de nombreux échanges de graines. À Nantes, les collections botaniques s’enrichissent grâce à ces échanges.

Ecorchard et son jardin « à l’anglaise »

Le docteur Ecorchard à la direction du jardin nantais

En 1835, le Conseil Municipal décide la création d’une Chaire de Botanique. Après avoir suivi les cours du botaniste renommé De Candolle, Jean-Marie Ecorchard, docteur en médecine à l’origine, pose sa candidature au poste de professeur de botanique à la Chaire. Il y est nommé en 1836 et donne son premier cours le 30 juin 1836. L’information est rapidement passée à la population nantaise : En vertu de la délibération du Conseil Municipal du 4 juin 18335 et de la décision approbative du Ministre de l’Instrruction publique […], un cours public et gratuit de botanique serra ouvert au Jardin des Plantes de cette ville, le jeudi 30du mois courant, à midi précis, et les leçons se continueront tous les mardi, jeudi et samedi de chaque semaine, à 6h du soir. Des places seront réservées pour les Dames.[16] Lors de son discours inaugural, Ecorchard prend son rôle de professeur très au sérieux et prône même le rôle de l’instruction :

Jean-Marie Ecorchard, directeur du jardin botanique de Nantes de 1840 à 1822[17]
« L’instruction a toujours été regardée comme le plus grand des bienfaits par tous ceux qui désirent sincèrement le bonheur de leurs semblables ».

En 1840, la ville de Nantes confie le poste de directeur du jardin botanique à Ecorchard. Celui-ci a souvent été en désaccord avec Antoine Noisette concernant l’entretien et les plantations du jardin. Dès son arrivée au poste de directeur, Ecorchard souhaite modifier rapidement le plan de la partie paysagiste du jardin, et dessine lui-même l’esquisse du futur jardin. Ecorchard est incontestablement le directeur qui a modifié le plus le jardin des plantes de Nantes. Se heurtant souvent aux avis des architectes et des autres botanistes, Ecorchard est tout de même souvent parvenu à ses fins grâce à l’appui qu’il trouvait chez son ami, Ferdinand Favre, Maire de Nantes. Le plan du jardin a considérablement changé selon ses envies et aujourd’hui encore le jardin a conservé l’aspect qu’il avait à cette époque.

On comprend déjà que le nouveau directeur imagine de grandes perspectives d’avenir pour le jardin nantais… La ville confie à l’architecte de la ville, Driollet, le projet d’Ecorchard, pour l’achever. Mais les deux hommes se querellent à propos de la conception même du jardin. Ecorchard défend son projet de jardin à l’anglaise tandis que Driollet est partisan du jardin français. L’architecte finira par écrire à Ecorchard :
« Faites donc tout ce que vous jugez convenable, puisque vous ne suivez en rien les plans et dessins arrêtés. Veuillez donc faire comme vous l’entendez car je ne compte plus m’en mêler ».

Ecorchard parvient donc à ses fins, grâce à sa forte personnalité mais aussi car il peut compter sur l’appui de son ami et Maire, Ferdinand Favre.

Un nouveau directeur pour un nouveau jardin

En 1846, Ecorchard, directeur du jardin botanique de Nantes propose au Maire les plans qu’il souhaite adopter pour le jardin. La partie supérieure du jardin conservera sa disposition à la française, avec des plates-bandes rectilignes consacrées aux différentes écoles de botanique, d’horticulture et de taille. La partie inférieure sera, quant à elle, modifiée selon un plan en allées courbes. Reste à Ecorchard à relier ces deux parties harmonieusement, bien qu’elles soient totalement différentes. De plus, il souhaite l’élaboration d’un système d’irrigation, afin de gagner du temps et de faciliter le travail des jardiniers. Il imagine déjà le système idéal pour le jardin :
Il suffirait d’arrêter, par un barrage pratiqué dans le haut du jardin, les ruisseaux qui le longent ou le traversent. Répartis par des conduits souterrains dans différentes citernes, ils alimenteraient soit les bassins inférieurs, soit l’école de botanique, soit les serres, où séjournant prendrait une température convenable.[18]

En 1848, un nouveau Maire est élu à la tête de la ville de Nantes, Evariste Colombel, qui lui aussi va se prononcer en faveur d’un grand et beau jardin botanique. Il contribue à l’avancée des travaux de terrassement en embauchant du personnel sans emploi. Les deux motifs du nouveau plan prennent alors forme : le monticule et le bassin. Mais Ecorchard n’a pas que des partisans comme le Maire, certains critiquent violemment son projet ce qui provoque l’arrêt des travaux en 1848. Ils reprennent néanmoins l’année suivante, toujours selon les plans d’Ecorchard mais sous la direction de Noisette fils aîné.

En 1852, Ferdinand Favre revient à la Mairie de Nantes. À cette époque, l’imaginaire des jardins subit une révolution avec l’avènement du Baron Haussmann à la direction de l’urbanisme de la ville de Paris. On prône alors l’ouverture des rues et les bienfaits des espaces verts pour l’assainissement de la capitale. Ecorchard exploite, à son retour d’Angleterre et de Belgique en 1852, ce nouvel état d’esprit afin de mener à bien son projet de restructuration du jardin nantais :
Les arbres augmentent la circulation de l’air, la diffusion de la lumière et surtout absorbent les miasmes qui s’échappent des entrailles de l’homme ou des usines pour les transformer en oxygène embaumant, véritable régénérateur de la santé et de la vie[18].
Le docteur revient de Londres, fortement inspiré par les théories esthétiques et scientifiques des paysagistes anglais. En 1853, le jardin est ouvert au public et nombreux sont ceux qui s’enthousiasment des modifications apportées au jardin.

En 1856, la ville emprunte afin de financer les travaux du jardin et les frais d’acquisitions du terrain d’agrandissement. Ecorchard obtient enfin sa « fontaine », système hydraulique placé au sommet du monticule artificiel, permettant ainsi d’alimenter deux cascades. Le nouveau jardin est inauguré le 7 octobre 1860 en présence d’élus et de hauts fonctionnaires. Il possède à cette époque l’aspect qu’aujourd’hui encore nous pouvons voir.

Ce nouveau concept de jardin naît en Angleterre entre 1700 et 1760. Un témoignage de Sir Thomas Robinson nous raconte cela :
Un nouvel art du jardin vient de se faire jour ; il y a eu tant de succès dans les jardins du prince [de Galles] à Londres que l’on redessine tous les plans des plus grands parcs du royaume qui sont désormais disposés selon les idées de M. Kent, c’est-à-dire sans niveau ni cordeau [19].

Contrairement au jardin à la française qui apprivoise la nature, l’esthétique anglaise veut respecter le paysage local. Au XVIIIe siècle, on retourne au paysage romain et à la mythologie en s’inspirant de la philosophie et de la peinture de paysage de Claude Lorrain (1600-1682) et de Nicolas Poussin (1615¬1675). On voit en Angleterre la naissance d’un style qui redécouvre la nature au travers de la peinture : le jardin paysager. Le premier paysagiste anglais à adopter ce style nouveau est Kent. En 1730, au parc de Stowe, Kent associe fabriques[20] et nature pour se rapprocher le plus possible des peintures de paysage de l’époque. Stowe est un des jardins les plus importants d’Europe à cette période puisqu’il illustre les différentes étapes du développement du style paysager. La caractéristique principale du jardin dit « à l’anglaise » est de proposer une promenade totalement aléatoire. Il n’existe plus de clôtures ni de haies mais juste des massifs d’arbres plantés de manière à recréer un espace naturel. Des perspectives se créent au fil du cheminement du promeneur, entre les buttes, les fabriques ou autres ruines. C’est le cas à Nantes, où le visiteur est invité à emprunter de petits chemins pour accéder à divers bassins (Voir Annexes V. 13. et V. 14).

La création des collections botaniques

Du jardin des apothicaires au jardin des plantes de Nantes

Un jardin pour l’étude des plantes tropicales

Nous savons que les premiers jardins botaniques naissent au XVIe siècle, mais à Nantes le premier jardin botanique, créé uniquement dans le but d’étudier les végétaux, n’apparait qu’en 1726. Le jardin des Apothicaires, autrefois consacré à la culture des simples, change de nom et de statut sur décision du roi Louis XV. À cette période, les expéditions sont en plein essor dans toute l’Europe. Conscient de la place stratégique qu’occupe la ville de Nantes dans l’acheminement des plantes exotiques, Pierre Chirac, intendant du roi, incite à la multiplication des expériences d’acclimatation[21]. Effectivement, Pierre Chirac comprend immédiatement que la ville est le lieu idéal pour de telles expériences botaniques. Dans un premier temps, la ville de Nantes est une ville portuaire, située dans l’estuaire de la Loire. Dans le port de Nantes, on réceptionne directement les navires chargés de leurs marchandises venues du monde entier. Dans un second temps, Nantes a un avantage de plus, car elle est située sur la Loire. Le fleuve le plus long de France est un atout majeur pour le commerce. Les plantes une fois acclimatées à Nantes pourront donc être transportées sur la Loire partout en France. Les autres avantages de la ville proviennent de son climat, doux et tempéré, engendrant des hivers doux et de son sol acide, très favorables à l’acclimatation d’une large gamme de végétaux. En 1726, Pierre Chirac atteint enfin ses objectifs puisqu’il obtient du roi une Ordonnance exigeant « d’assujettir les capitaines nantais, d’apporter graines et plantes des colonies des païs étrangers[22] (Voir Annexes V.3.A). Les capitaines ont ainsi pour ordre de prodiguer les soins nécessaires aux plantes exotiques pour qu’elles arrivent à bon port.

Au jardin botanique, ces plantes seront « réconfortées et consolidées [22]» pour être ensuite acheminées vers Paris. Sur les bateaux, les pertes étaient importantes car il était très difficile de transporter les végétaux. Ils étaient soit plantés directement dans des caisses remplies de terre, soit mis dans des pots en terre, calés et entourés de mousse afin de ne pas les briser (voir Annexes V.3.B). Les plantes devaient rester le plus longtemps possible sur le pont pour bénéficier de la lumière. Cette attention donnée aux végétaux est le fruit de la découverte de la photosynthèse au XVIIIe siècle. Grâce aux travaux de Priestley, Percival, et Ingen-Housz, on remarque que cette lumière est indispensable à la survie des végétaux et à leur croissance. Lorsque le feuillage de la plante est exposé à la lumière, il peut capter l’énergie du soleil indispensable à la transformation de l’eau puisée dans les racines et du dioxyde carbone contenu dans l’air, en glucose qui est ensuite transporté dans toute la plante. On comprend donc que l’eau douce est tout aussi importante dans la survie des végétaux embarqués à bord des navires. Malheureusement, les quantités d’eau douce étaient strictement réglementées sur les navires. Les rations d’eau douce embarquées à bord devaient servir aux hommes, pour boire, faire à manger et éventuellement se laver, puis aux animaux et en dernier lieu aux plantes. Malgré le dévouement des marins et l’évolution du matériel pour transporter les plantes, il est évident que peu de plantes survivaient. On estime que moins de 1% des plantes résistaient à ces expéditions. Il est vrai que les principales collections botaniques « vivantes » se sont constituées grâce aux expéditions maritimes. Même si celles-ci débutent dès le XVe siècle, époque du rayonnement de la Renaissance italienne, il s’agissait à l’époque de découvrir de nouveaux territoires. Au XVIIe et au XVIIIe siècle, c’est davantage le commerce qui pousse les explorateurs à prendre la mer (Voir Annexes V.3.C). C’est une période de grande prospérité, les capitaines rapportent un grand nombre de plants et de graines qu’il faut semer et cultiver, avant d’être dessinés, décrits et baptisés. L’Impératrice Joséphine, passionnée de botanique, s’entoure elle-même de végétaux rares et de plantes étrangères pour ses jardins de Malmaison. Durant l’an 13, elle commande au Préfet de Loire-inférieure, Decelles, une soixantaine d’espèces exotiques, dont des mimosas et des eucalyptus, tous deux importés d’Australie. Toutes ses plantes rares, débarquées à Nantes dans un premier temps puis envoyées à Malmaison, sont confiées au botaniste Charles-François Brisseau de Mirbel, puis à Aimé Bonpland, pour être ensuite diffusées dans tous les jardins de France. Le jardin botanique de Nantes sert donc à cette occasion de jardin reposoir au sein duquel les plantes doivent être acclimatées. Le commerce des plantes est florissant et à Nantes de nombreuses commandes sont faites auprès du jardin des plantes. Avec l’exploitation des plantes tropicales, on voit naître de nouveaux types d’explorateurs qui s’intéressent non seulement à la flore tropicale mais également à la manière de l’acclimater dans notre pays (Voir Annexes V.3.D). Ces expéditions sont pour eux l’occasion d’observer, de relever, de dessiner et de récolter des graines et de constituer des planches d’herbiers (Voir Annexes V.3.D et V.4). En rapportant des graines ou des végétaux séchés, bien plus facile à transporter que des plantes vivantes, les botanistes pouvaient poursuivre leur étude de la flore tropicale à leur retour et dans les jardins botaniques européens. C’est grâce à leurs observations sur le terrain, à leurs dessins et à leurs herbiers que l’inventaire de la flore mondiale a enfin pu commencer. En Amérique latine, Alexander Von Humboldt et Aimé Jacques Bonpland ont parcouru plus de 1000 kilomètres lors d’une expédition qui a duré cinq ans (Voir Annexes V.3.D). Bonpland, spécialiste de la flore exotique s’est associé avec Humboldt dont le projet de réaliser une histoire et une géographie des plantes sur Terre l’a particulièrement intéressé. Partis le 5 juin 1799 des côtes espagnoles, ils débarquent six semaines plus tard au Venezuela pour découvrir la forêt amazonienne, Cuba, la Colombie, l’Équateur, le Pérou et le Mexique. À leur retour, en 1804, les deux explorateurs rapportent 6000 plantes, récoltées ou dessinées, dont plus de 3000 sont inconnues en Europe. À cela s’ajoute un herbier de 60000 spécimens (Voir Annexes V.4). Toutes ces trouvailles représentent un trésor inestimable pour les botanistes. Grâce à ces grandes expéditions, la liste des végétaux répertoriés passe de 18000 espèces au début du XVIIIe siècle, à 40000 en 1826.

Les échanges entre jardins

En 1793, François Lemeignen, alors chargé de la démonstration publique des plantes au jardin des Apothicaires et des cours d’histoire naturelle à l’Ecole Centrale du Département de la Loire Inférieure, se voit confier l’entretien du nouveau jardin botanique de Nantes. Il est chargé d’installer le nouvel établissement dans le potager du « couvent des Ursules » devenu bien National. Lemeignen s’implique vivement dans ce projet et envisage d’en enrichir les collections botaniques. Pour cela, il reçoit des graines du médecin Jean Macé, correspondant du cabinet du Jardin Royal, et de plusieurs académies du Cap de Bonne-Espérance parmi lesquelles on trouve des graines d’une quinzaine d’espèces, dont le Sophore du Cap rapporté par le capitaine Guedon. Ces graines confiées aux bons soins de Lemeignen devaient être plantées et acclimatées à Nantes. La collection de végétaux à Nantes s’enrichit également grâce aux échanges avec André Thouin, directeur des Cultures au Jardin du Roi à Paris. En l’an 7, François Lemeignen reçoit ainsi un assortiment de 363 espèces de végétaux dits « utiles ». Ceux-ci réunissent des plantes céréalières, légumières, médicinales, de filature [23]. et d’ornement. En 1798, Lemeignen envoie à Thouin le Catalogue des plantes que nous pouvons nous procurer à Nantes, pour notre jardin de botanique, plantes que la campagne nous fournit, plantes que l’on cultive dans les jardins, plantes des semis de graines de Paris, par Lemeignen, professeur, an 8[24]. Le directeur nantais y recense environ 850 espèces dont des Prunus, des Pyrus et d’autres espèces de pharmacopée. Cette politique d’échanges sert avant tout à procurer les végétaux manquant au Jardin Royal, comme le prouve ce catalogue. Mais en plus, les autres jardins botaniques, pépinières, ou sociétés d’agriculture, entre autres, peuvent recevoir du Jardin du Roi des graines pour enrichir leurs collections. Pour cela, Thouin faisait parvenir aux horticulteurs un document sur « l’état des serres de graines mises en distribution au Jardin du Roi ». Il restait aux cultivateurs à cocher les graines qui les intéressaient et à faire suivre au Préfet du département. Ce dernier se chargeait de l’envoyer au ministre de l’Intérieur. André Thouin se chargeait personnellement de la distribution des graines et envoyait rapidement les sachets afin que les semences soient plantées au bon moment chez les cultivateurs. Thouin a ainsi fait parvenir des milliers de graines en France et à l’Etranger. Soucieux de l’avenir de ses graines, il adressait également aux horticulteurs des renseignements indiquant la marche à suivre pour planter et s’occuper correctement des semis. De plus, sur chaque assortiment qu’il envoyait, Thouin indiquait les noms en français et en latin des plantes correspondantes, l’époque de semis, ainsi que la propriété des végétaux. Il existe déjà au XIXe siècle, un vrai réseau entre jardins afin de faire circuler les plantes nouvelles acclimatées et étudiées dans les jardins botaniques du pays. Néanmoins de nombreuses espèces sont encore inconnues même pour Lemeignen : « Les familles des Graminées sont ici très nombreuses : j’en ai déterminées plusieurs mais d’autres m’arrêtent, je n’ai pas assez de moyens pour vaincre ces difficultés ». Seul le développement des sciences botaniques et des techniques d’observation permettra de mieux connaître les différentes espèces végétales. Au XIXe siècle, les progrès réalisés dans les techniques de laboratoires et les techniques optiques sont considérables. Dès 1830, on fabrique en France, des microscopes exemptes d’aberrations sphériques[25] dont l’utilisation permet d’améliorer les figures des cellules et des tissus végétaux. L’étude au microscope devient le domaine qui progresse le plus.

À Nantes comme ailleurs, les échanges de graines entre jardins deviennent essentiels pour établir des collections cohérentes. Les relations entre botanistes sont indispensables pour le développement des jardins botaniques et nous verrons qu’aujourd’hui encore elles demeurent. En 1800, pour assurer ses cours de botanique, Lemeignen reçoit du Muséum de Paris des graines de 810 espèces qui en fait ne résisteront pas à l’hiver suivant. Lemeignen limitera donc sa présentation à 400 espèces au plus. À la mort de Lemeignen en 1803, son élève Hectot sera chargé de prendre sa suite à la direction du jardin.

Les travaux d’Hectot et de Noisette

Les échanges se poursuivent

Sous la direction de Lemeignen, le jardin reçoit un grand nombre de plantes notamment grâce aux graines reçues de Paris. Cependant, les moyens financiers accordés à Lemeignen pour l’entretien de ces végétaux sont minces. Quand Hectot prend la suite de Lemeignen, l’inventaire des plantes consiste en tout et pour tout « en quelques instruments aratoires[26], une cinquantaine d’espèces de plantes en pots et environ 150 en pleine terre[18].» Le nouveau directeur propose donc d’avancer les fonds nécessaires correspondant à un an d’entretien du jardin qu’on lui remboursera par la suite. Ses moyens financiers lui proviennent essentiellement de l’affermage, consacré dans la partie sud du jardin. En 1806, trois ans après l’arrivée de Jean-Alexandre Hectot (1769-1843), un nouvel emplacement pour le jardin botanique est choisi par le préfet Belleville, convaincu de l’intérêt que comporte un tel jardin. On abandonne l’emplacement de l’ancien couvent des Ursulines pour une parcelle attenante, composée de vignes, de prairies, de bâtiments d’exploitation et de vergers. Hectot s’implique vivement en tant que directeur et entend bien en faire un jardin botanique digne de ce nom. Pour cela, il entretient une correspondance assidue avec André Thouin afin de se procurer de nouvelles espèces. En 1807, on reçoit au jardin des plantes bulbeuses, des Bégonias, des Pistachiers et des plants de café. André Thouin envoie même les instructions nécessaires pour semer les graines :

Ces graines doivent être semées, chaque espèce séparément dans des vases, dont le numéro sera relatif à un catalogue qui renfermera les noms de ces semences, rangées suivant la méthode adoptée dans le jardin ou simplement dans l’ordre alphabétique. La terre dont les vases seront remplis doit être composée comme celle des orangers, mais rendue plus légère par l’addition d’une cinquième partie de terreau de feuilles, et plus meuble, par une criblure qui en exclut les corps étrangers. Les semences les plus fines ne doivent être recouvertes que de l’épaisseur d’une pièce de 15 sous tandis que les plus grosses, comme celle des haricots, doivent l’être d’un pouce. Les semis faits, les pots qui les contiendront seront placés et enterrés jusqu’à leur bord supérieur et bien horizontalement, savoir,

-Ceux 1° qui renfermeront les semences des plantes de climats froids, dans une platebande exposée au levant, -2° ceux des climats tempérés sur une couche de fumier neuf, à l’exposition du midi, -3° ceux des païs chauds, sur une couche de fumier neuf, exposée au midi, et recouverte d’un châssis, -4° enfin ceux de la zone torride sur une pareille couche vitrée, mais entretenue en température plus chaude, par le moyen, de réchauds renouvelés fréquemment.

On trouvera l’habitat des plantes et de leur durée, dans le Genera Plantarum de Linné…

Carl Linné (1707-1778) est un botaniste qui fait véritablement avancer la science botanique grâce à ses recherches en particulier en proposant de nombreux termes modernes. Il remplace le système de classification de Tournefort par sa classification basée sur le nombre et la position des étamines (Voir V.4). De plus, il propose une terminologie précise et méthodique indispensable à la description scientifique des plantes à fleurs, utilisée par beaucoup de botanistes. Linné fournit également les bases de nombreux genres et de milliers d’espèces. Il publie trois ouvrages essentiels, Systema naturae et Fundamenta botanica en 1735 ainsi que Genera Plantarum en 1737.

Hectot profite pleinement de ces échanges et pendant une vingtaine d’années le jardin des plantes va s’enrichir de centaines d’espèces nouvelles. Le directeur du jardin botanique de Nantes envoie même régulièrement à Thouin le résultat de ses cultures :
Sur la totalité des plantes dont vous nous avez gratifiées, il y a eu à peu près un quart qui n’ont point paru et parmi les drageons[27] qui étaient au nombre de 115 espèces, il y en a environ 12 qui n’ont point poussé, de sorte que je regarde comme très heureux une augmentation aussi considérable pour notre jardin. Si dans vos partages, il s’y trouvait de ces nouvelles espèces venues de la Nouvelle-Hollande[28], je me recommande à vous. Nous en possédons huit espèces qui quoique dans l’orangerie, me paraissent susceptibles de se plaire à notre climat (18 brumaire an 14)[29]
Le jardin botanique de Nantes se voit pourvu sous la direction d’Hectot d’un superbe Magnolia grandiflora, qui aujourd’hui encore trône sur sa pelouse. La date officielle de l’introduction du Magnolia de Virginie, arbre originaire de Louisiane, est 1737. En réalité, il arrive en France en 1711 : il est débarqué du Saint-Michel sur les quais de Paimboeuf, port de l’Estuaire de la Loire, et emporté en secret dans une propriété privée proche de Nantes, la Maillardière. Cette discrétion était nécessaire, car cet acte était contraire aux instructions du roi, qui exigeait que toute plante nouvelle gagne d’abord un jardin botanique du roi, en l’occurrence celui de Nantes. Cette espèce est encore peu connue et rare lorsqu’en 1806, Hectot apprend que le pépiniériste Bruneau vient tout juste d’en acquérir. Le directeur du jardin, désireux d’acquérir ce superbe arbre de 20 pieds de haut, avertit rapidement le préfet pour qu’il en permette l’achat. Pour cela Hectot use d’un argumentaire inattaquable :
Cet arbre produit tous les ans un très grand nombre de fleurs d’un beau blanc, du diamètre de 6 à 8 pouces et répandant un parfum délicieux. Vous n’ignorez pas que cette espèce d’arbre indigène à la Floride, est à peine acclimatée dans notre pays ; il y en a encore très peu en France qui soient au point de croissance où celui-ci est arrivé puisqu’il a environ 24 ans. (…) Il est donc important, pour le jardin botanique, d’obtenir un arbre de cette beauté. Le possesseur actuel voulait en avoir 18 louis et il n’a voulu en rien rabattre à des particuliers qui lui ont fait des offres ; cependant voulant concourir à l’embellissement de cet établissement public (…), il offre de le céder pour 16 louis au Jardin Botanique. Pour ce prix il s’engage à le transporter, à l’y planter, avec garanties pendant un an. Ces conditions me paraissent raisonnables et modérées, dans une ville comme Paris, cet objet vaudrait trois ou quatre fois autant.[18]

Hectot obtient l’accord du préfet et le Magnolia est acheté en novembre 1807 et planté au jardin des plantes où il demeure encore aujourd’hui et porte le nom de « Magnolia d’Hectot » (Voir Annexes V. 11). En 1820, le directeur poursuit ses acquisitions et achète 66 autres magnolias qu’il fait planter sur les bords de l’allée séparant le jardin botanique du jardin paysager.

La fonction scientifique au jardin botanique

Jean-Alexandre Hectot, bien que n’étant pas médecin, est aussi chargé de l’enseignement et de la direction du jardin des Apothicaires. Ce botaniste s’intéresse de près aux avancées scientifiques puisqu’il fait partie depuis 1798 de l’Institut départemental de la Loire-Inférieure, qui a pour but de se tenir informé de l’avancement de la recherche et de favoriser localement son développement. Une des douze sections de cette institut est d’ailleurs consacrée à la « Botanique et Physique végétale ». Hectot participe aussi à de multiples expériences, notamment sur des plantes d’intérêt économique, en cherchant à adapter de nouvelles variétés céréalières comme le seigle multicaule[30] et le blé, qui produisent une farine abondante et nutritive. Le botaniste fait aussi des expériences sur la betterave sucrière. Il obtient grâce à ses recherches des résultats très prometteurs, qui sont néanmoins très peu récompensés par l’Institut, devenu depuis 1818 la Société Académique de Nantes et du département de la Loire-Inférieure. Hectot réussit à récolter 84000 racines de betteraves sur une surface de seulement quatre journaux[31].

Le directeur poursuit également les tentatives d’acclimatations des végétaux nouveaux. Certaines de ces nouvelles plantes arrivent à Nantes par le biais de Thouin qui comprend que le climat de cette région est favorable à ce type d’expériences. On reçoit par exemple à Nantes des essences réputées utiles et inconnues sur notre continent telles que le Pin Laricio ou le Pin de Riga. La première de ces essences vient de corse tandis que la seconde provient d’Europe du Nord. Le Pin Laricio, répandu de cette façon à Nantes et dans sa région, représente un intérêt considérable puisque son bois est propre à la construction de charpentes mais aussi de vaisseaux et de mâts. Le Pin de Riga quant à lui, peut atteindre 50 m de haut et pousse très droit ce qui est idéal à la création de mâts de bateaux.

Malgré tous les efforts d’Hectot et sa détermination à créer un jardin des plantes digne de ce nom, la situation est affligeante quand le directeur quitte ses fonctions. Le jardin dépérit. En 1819, Pierre Grelier, horticulteur et membre de la section agricole de la Société Académique de la Loire-Inférieure, adresse un triste rapport au Préfet. L’expertise définit le jardin comme « bien moins digne de ce titre qu’il ne l’était il y a dix ans ». Pour Pierre Grelier, une des principales causes de l’état du jardin serait le manque de surveillance : Les employés livrés à eux-mêmes ont négligé la chose publique ; c’était d’ailleurs une mauvaise mesure de donner des terres à cultiver pour leur compte, à des jardiniers, en indemnités des soins qu’ils devaient au Jardin Royal : on devait s’attendre à ce qui est arrivé[32].Le 12 septembre 1820, le jardin est donc cédé à la ville de Nantes sur Ordonnance de Louis XVIII :
Article 1 – Le terrain de la pépinière du Département de Loire-Inférieure sera cédé à la ville de Nantes pour l’établissement d’un Jardin Botanique
. Lorsque Hectot quitte ses fonctions, Antoine Noisette est appelé à le remplacer. Une nouvelle impulsion doit être donnée au jardin nantais. La fonction scientifique du jardin est toujours assurée d’autant qu’on demande à Noisette de constituer une école botanique de 600 plantes ainsi qu’une école d’arbres fruitiers de 670 sujets. Pour la première fois, la direction est confiée à un pépiniériste et non à un scientifique. Avec Antoine Noisette, le jardin s’embellit de rosiers, dahlias, camellias, chrysanthèmes ou encore de renoncules. En tant que pépiniériste, Noisette soigne admirablement les plantes et les arbres déjà plantés depuis quelques années et obtient notamment d’excellentes récoltes de fruits, poires, pêches, cerises et prunes. La taille des arbres est pour beaucoup dans cette réussite, les poiriers sont taillés en pyramide et les pêchers en éventail. Antoine Noisette donne même un cours annuel, ouvert à tous et gratuit, sur l’art de la taille des arbres fruitiers. Son premier cours est dispensé en 1827 :
Par la taille, on doit donner à l’arbre la forme la plus convenable et qui est variable au choix de l’amateur, le débarrasser des branches superflues ou trop rapprochées de la terre, de manière que les rayons du soleil puissent en éclairer toutes les parties et l’air circuler librement partout ; enfin le mettre en harmonie avec la forme qu’on veut lui donner par la disposition régulière de toutes les branches appelées branches d’établissement.

Sous la direction de Noisette, le jardin botanique de Nantes prend plus l’aspect d’une pépinière que celui d’un véritable jardin dédié à la connaissance des plantes et à l’implantation de végétaux nouveaux. Cependant, cette étape a permis au jardin de se parer de belle plantes, à la fois de bonne qualité et bien entretenues et d’accueillir également des plantes de nouvelle introduction grâce aux relations horticoles de Noisette. Néanmoins, un professeur de botanique, médecin de surcroît, propose quant à lui de rendre au jardin nantais sa vocation scientifique. Ce professeur, Jean-Marie Ecorchard, se fait entendre par la ville qui décide de lui confier la direction du jardin en 1840.

Les grands projets d’Ecorchard

Jean-Marie Ecorchard est incontestablement le directeur qui a apporté les plus grands changements au jardin botanique de Nantes. Passionné de botanique, il avait une perception nouvelle du jardin qu’il a réussi à imposer : un jardin scientifique et un lieu de vie pour les visiteurs.

Des plantes toujours plus nombreuses

Ecorchard arrive au jardin des plantes dans un premier temps en tant que professeur de botanique. Après plusieurs désaccords avec Noisette, encore directeur à la nomination d’Ecorchard, le professeur obtient finalement en 1839 la direction du jardin nantais. Il se montre immédiatement très impliqué dans son rôle de directeur et entend assurer la tradition botaniste de la ville de Nantes. Il choisit de citer lors de son discours le Poème des Jardins[33], de Jacques Delille (1738-1813) :
Là, des plantes rassemblées des bouts de l’Univers, De la cime des monts, de la rive des mers, Des portes du couchant, de celles de l’aurore, Ceux que l’ardent midi, que le nord voit éclore, Les enfants du soleil, les enfants des frimas, Me font, en un seul lieu, parcourir cent climats. Je voyage entouré de leur foule choisie D’Amérique, en Europe et d’Afrique en Asie.
À son arrivée au poste de directeur, Ecorchard adresse les plus vives critiques au travail de Noisette et à son jardin qu’il qualifie de :
(..) pépinière plutôt [que d’] établissement scientifique : quelques carrés de poiriers, de pommiers, et, pour tout objet d’étude, pour tout élément à l’Ecole de botanique, un seul carré contenant de 400 à 900 plantes des plus communes et non classées : pas de serre, pas même une bâche, par conséquent pas de plantes exotiques et même indigènes susceptibles d’attirer l’attention des amis de la science.[34]

Ecorchard propose donc énormément de projets pour le jardin botanique. Il fait défricher les anciennes pépinières en 1841 et organise les futures plantations. Il plante notamment un imposant Magnolia Yulan[35], aux fleurs blanc crémeux, originaire de Chine, pour lequel quatre hommes ont été employés une journée entière à sa seule plantation. Ecorchard peuple également son jardin d’une douzaine de variétés de camélias et d’une collection de 202 variétés de chrysanthèmes, cultivée par le fils d’Antoine Noisette, Dominique Noisette. Le jardin s’embellit également d’une série de roses provenant des cultures de Vibert, le plus grand amateur de France de cette variété. Grâce au soutien du Maire, Ecorchard obtient le matériel nécessaire aux soins des plantes. Jusqu’à cette époque, il n’existait au jardin botanique aucune serre chaude, destinée à la protection des végétaux exotiques et au forçage de certains végétaux d’ornement. En 1844, avec l’appui du Maire, Ecorchard fait construire la première serre chauffée à 20° par un calorifère à eau chaude. Une serre chaude possède une température minimale de 18°C en hiver et de 20 à 25°C en été et comprend nécessairement un vestibule et un système de chauffage adapté. Quant à la température de l’air, du substrat de culture et de l’eau d’arrosage, elle ne doit pas être inférieure à 20°C.

Ecorchard est un homme de science, il suit les avancées techniques afin de munir son jardin des meilleures installations. Nous avons vu notamment qu’il avait modifié le plan du jardin en réalisant les bassins et la montagne artificielle (Voir annexes V. 7. A et V. 7. B). L’installation des cascades est le fruit d’une véritable technique puisqu’au sommet du monticule, une cuve a été enterrée pour permettre de contenir l’eau. Le dispositif plutôt complexe et surtout inédit en France, fonctionne sans aucune pièce mobile mais sur le principe des siphons à amorçage automatique. Cette installation permet donc d’alimenter deux cascades simultanément ou alternativement avec des flux variables, tout en ayant une alimentation faible et de débit constant. Le travail d’Ecorchard a considérablement modifié l’aspect du jardin. Les plantes et les cascades ont fait du jardin botanique, un jardin d’agrément, agréable pour le visiteur. Mais Ecorchard a également remodelé la partie consacrée à la botanique, bien plus ordonnée puisque conçue selon un plan à la française.

La création des écoles de botanique

Jean-Marie Ecorchard est un botaniste passionné par la science des végétaux. Natif d’Ille-et-Vilaine, Ecorchard est particulièrement sensible à la flore de sa région, et décide la création de la première école de botanique[36]à caractère régional. Cette école dédiée à la Flore de l’Ouest de la France existe encore aujourd’hui et représente une grande richesse du jardin botanique. On y présente les plantes du Massif Armoricain. Dans son projet, Ecorchard, professeur de botanique à l’origine, a insisté sur l’aspect pédagogique que devait revêtir le jardin, ce qui explique le grand nombre d’écoles de botanique créées sous sa direction. Le directeur imagina une école de botanique dendrologique, consacrée aux arbres et arbustes, une école de botanique médicinale et de plantes toxiques, une école de botanique des plantes herbacées pérennes de rocailles, une école botanique des plantes de climat méditerranéen installée dans les serres froides et l’orangerie, une école de botanique tropicale humide dédiée aux écosystèmes forestiers et aux plantes épiphytes et enfin une Ecole de botanique tropicale désertique, consacrée aux plantes de milieux arides d’Afrique et d’Amérique (Voir Annexes V. 8. F).

En 1852, alors qu’Ecorchard est confronté à de nombreuses critiques concernant son projet d’agrandissement du jardin, le directeur écrit un rapport sur l’utilité de son jardin et sur la fonction qu’il occupe dans la ville :

[…] Nous avons voulu que le Jardin de Nantes tout entier fut une Ecole, ou plutôt une réunion d’écoles aussi attrayantes que le jardin lui-même :
École de botanique, disposée en ligne, lorsque la science l’exige, ou bien répandue çà et là suivant les besoins de la culture, par groupes où les plantes sont distribuées sous leur aspect le plus favorable, dans le site qui leur convient, à côté de leurs congénères ; École d’arboriculture et de paysage, où les arbres, les arbustes, les arbrisseaux, peuplent des massifs légers, abondant, ou majestueux ; leur réunion et leur plantation bien entendues favorisent l’étude des variétés, permettent de passer de l’espèce au genre, à la famille ; et la diversité du port, de la taille, du feuillage attire, recrée et flatte le regard, tout en ménageant par des éclaircies bien calculées la surprise des perspectives.
École de botanique, de plantes de terre de bruyère, d’orangerie, de serre tempérée, de serre chaude, etc…, rien n’a été négligé ; tout s’y trouve, soit juxtaposé, soit intimement mêlé aux parties scientifiques ou d’agrément…

Dans ce rapport, on retrouve parfaitement le projet d’Ecorchard, aussi bien esthétique, avec les perspectives créées par la partie paysagère traitée à l’anglaise, que scientifique avec ces nombreuses écoles.

Pendant près de 40 ans, Ecorchard va œuvrer au jardin botanique de Nantes malgré les critiques de ses adversaires. Finalement, le directeur aura atteint son but, faire du jardin nantais un jardin scientifique et d’agrément, orné des plus belles plantes et équipé des dispositifs les plus innovants. À l’inauguration du jardin, le 7 octobre 1860, le succès est incontestable. Le jardin accueille près de 10.000 visiteurs, de hauts fonctionnaires ainsi que des invités de marque conviés pour l’occasion. En 1861, c’est à la Société Botanique de France de découvrir le jardin botanique de Nantes. Encore une fois, le jardin tient ses promesses et la Société décrit avec précision dans son rapport toute la beauté de ce jardin :

Le Jardin des Plantes de Nantes devait être, avant tout un lieu de délassement ; l’instruction devait s’y trouver subordonnée au plaisir de la promenade, desideratum que M. Ecorchard a réalisé d’une manière si heureuse en s’inspirant de ce qui avait été fait avant lui dans le jardin botanique de Kew, près Londres. En deux mots, le Jardin des Plantes de Nantes, qui ne paraît être, à première vue, qu’un jardin paysager dessiné à l’anglaise, est en réalité un charmant arborétum[37], où les arbres, les arbustes et beaucoup de plantes herbacées d’ornement, au lieu d’être plantés en lignes droites et monotones, comme cela se pratique habituellement dans les jardins-écoles, sont disposés, d’après leurs affinités naturelles, en groupes isolés, souvent fort élégants, et bien plus propres à donner à l’artiste ou à l’amateur une idée vraie de la physionomie des végétaux que s’ils étaient alignés au cordeau[38]. Voilà le trait caractéristique du Jardin des Plantes de Nantes, celui par lequel il se distingue de tous les autres jardins botaniques que nous connaissons en France. (…) La superbe allée de Magnolias qui traverse le jardin est sans doute la plus belle de ce genre qui existe en Europe. La plantation de Camellias, de Rhododendrons et d’autres plantes de terre de bruyère, quilonge le mur de séparation du jardin et de l’enceinte du lycée, n’a probablement pas sa pareille en France[39].

Après tous ces travaux, les plus significatifs pour l’aspect définitif du jardin, Ecorchard poursuit ses cours de botanique et l’entretien du jardin et des arbres de la ville de Nantes. En 1866, il obtient la Légion d’Honneur. À la fin de l’année 1881, Ecorchard est mordu par une vipère lors d’un de ses cours de botanique à la campagne. Quelques semaines plus tard, il mourra de sa blessure. En 1893, un monument fut édifié à la mémoire du directeur Ecorchard (Voir Annexes V. 11). Dans l’histoire du jardin botanique, aucun autre directeur n’aura été autant impliqué et attaché à ce jardin. Aujourd’hui encore, on s’applique à retrouver l’éclat que le jardin possédait sous la direction d’Ecorchard.

Depuis la mort d’Ecorchard, quelques modifications ont été faites sans pour autant atteindre les évolutions réalisées avec Ecorchard. L’entrée principale située dans l’axe de la rue du Lycée a été reconstruite en 1892. Trois ans plus tard, le Palmarium est construit afin d’accueillir l’ensemble de la végétation d’une portion de forêt tropicale humide du continent américain. En 1898, enfin, sont construites l’Orangerie et des serres latérales, prévues dans le grand projet d’Ecorchard. Une dernière serre est inaugurée en 1982. Elle regroupe la collection Camboulive, constituée de végétaux des régions chaudes désertiques des continents américain et africain (Voir Annexes V. 6).

Les collections et les missions actuelles du jardin botanique de Nantes

Jean-Marie Ecorchard fut certainement le directeur qui a le plus modifié l’aspect du jardin et les collections botaniques. Le jardin actuel est d’ailleurs très proche du jardin d’Ecorchard bien que certaines modifications aient été faites après sa mort. Effectivement, en 1893, l’administration municipale confie le poste de directeur à Paul Marmy, un spécialiste en arboriculture fruitière. Les collections s’agrandissent en particulier les plantes ornementales qui atteignent le nombre de 103000 spécimens. Le jardin accueille de nombreux rosiers et une belle collection d’orchidées en 1897. Les plus importantes modifications interviennent entre 1941 et 1950, avec l’ingénieur horticole Georges Larue qui supprime les arbres fruitiers au profit des collections botaniques. Depuis l’arrivée à la direction en 1984 de Claude Figureau, le jardin se modernise et s’adapte aux besoins actuels. Outre les missions de conservation, des collections constituées pendant les siècles précédents, le jardin d’aujourd’hui maintient ses activités scientifiques. Cependant, de nouvelles fonctions s’ajoutent afin de sensibiliser le public au patrimoine naturel. Les missions d’éducation et de maintien de la biodiversité sont par exemple, deux nouvelles missions assurées par le jardin botanique de Nantes.

La conservation au sein du jardin

Les collections botaniques du jardin actuel sont en grande partie constituées par des végétaux plantés au fil des siècles. La mission principale du nouveau directeur est de conserver cet héritage.

Les collections vivantes

Actuellement, l’ensemble des collections des écoles de botanique représente environ 11500 espèces. Ces collections sont rassemblées en plein-air et dans les serres.

Les collections de plein‐air

Un grand nombre d’espèces sont rassemblées dans l’espace paysager du jardin botanique. Plusieurs ensembles existaient déjà depuis Ecorchard. On trouve notamment les collections dendrochrologiques parmi lesquelles on trouve 950 espèces d’arbres et d’arbustes. Elles ont été créées selon le projet d’Ecorchard et conservées et enrichies depuis cette époque. Le jardin botanique détient toujours un important ensemble de camellias de 500 espèces, dont Hectot avait déjà commencé la plantation. Depuis 1983, des semis sont entrepris chaque année pour présenter la biodiversité de chaque famille. Conformément au projet d’Ecorchard, les familles de Cornacées, de Magnoliacées, d’Hydrangeacées, de Garryacées, de Rosacées et d’Hamamélidacées ont été restaurées. L’agencement des familles est conçu en fonction de ce qu’avait réalisé le docteur Ecorchard. Le travail du personnel du jardin a consisté à reconstituer le projet d’Ecorchard de réaliser un ensemble d’écoles de botanique. Pour la collection d’herbacées, la mission était plutôt de mettre en valeur les plantes vivaces et de rocailles qui n’étaient quasiment pas présentées au jardin pour l’instant. Effectivement, beaucoup des espèces achetées et plantées dans la fin des années 70 ont disparu. Depuis 1985, un programme de restauration des rocailles a donc été entrepris, dans le but d’élargir la collection de plantes vivaces en provenance des régions éloignées comme la Chine ou le Canada. Cette collection a également pour fonction d’apporter assez de matériel végétal pour comprendre les mécanismes de l’acclimatation. Chaque rocaille représente une chaine de montagne du globe. 2000 espèces ont ainsi été semées et plantées. Chaque année, 500 semis provenant d’espèces rares, menacées ou peu connues sont ajoutés pour développer la collection (Voir Annexes V. 8. A). Au jardin botanique de Nantes, une collection végétale est unique puisqu’elle rassemble la Flore du Massif Armoricain (Voir Annexes V. 8. B). Ecorchard avait d’ailleurs été le premier à créer une Ecole de botanique consacrée à cette flore régionale. Grâce à cette collection systématique régionale, on peut s’initier à la pratique de la systématique des végétaux qui consiste à définir les familles, les genres et les espèces des plantes. Ces végétaux sont présentés en plates-bandes agencées selon un système de classification. On y trouve la totalité des plantes du massif Armoricain, y compris les plantes protégées. La culture de 1500 espèces d’origine sauvage nécessite des travaux de recherche sur les plantes manquantes mais également sur leur écologie en vue de leur culture. Au centre de cette école de botanique, une présentation à caractère écologique a été aménagée en élévation au-dessus du sol. Plusieurs expériences sont réalisées sur cette parcelle de terrain. Actuellement des végétaux bulbeux spécifiques du vignoble qui ont presque totalement disparus et dont certains sont protégés, ont été introduits. Selon les procédés traditionnels, la vigne est cultivée à la main (Voir Annexes V. 8. C). Les mouvements des bulbes, provoqués par la culture, et leur comportement sont étudiés chaque année afin de comprendre les mécanismes de colonisation de ces plantes et, par là-même, améliorer leur conservation. Les plantes sont étiquetées pendant la floraison et des panneaux explicatifs présentent les cycles culturaux de la vigne.

Le jardin botanique est également lié au Conservatoire Botanique National de Brest (CNB) avec lequel il participe à des programmes de conservation « in vivo » de certaines espèces très menacées. On peut citer comme exemple de plante quasiment disparue, la Marsilea quadrifoliata, une fougère aquatique. Cette plante était autrefois très commune sur les bords de Loire entre Nantes et Angers. Ainsi, le jardin botanique de Nantes participe à la conservation de la flore Armoricaine comme le souhaitait le Docteur Ecorchard. À partir d’une souche prélevée en 1972 à Drain, dans le Maine et Loire, et maintenue depuis cette date au jardin nantais, les botanistes du jardin botanique de Nantes ont tenté de multiplier cette plante. Après ces expériences, en concertation avec le CNB de Brest, une réintroduction a été réalisée dans la station de Drain en 2001. Au jardin botanique, on trouve également une collection de plantes médicinales, entièrement rénovée en 1992 avec l’aide du Docteur Loïc Descamps. Cette collection présente 150 espèces végétales dites « simples » pouvant être utilisées en tisane. Un étiquetage adéquat a été spécialement réalisé, donnant quelques précisions sur la partie du corps sur laquelle agit la plante, sur la partie de la plante utilisée ou encore sur la période de collecte. Les plantes sont classées par mode d’action dont chacun possède une couleur différente pour faciliter le repérage du visiteur. On trouve donc les plantes agissant sur les articulations, le système nerveux, le système urinaire, celles soignant les maladies dermatologiques, du système respiratoire, de la circulation ou encore de la digestion (Voir Annexes V. 8. D). Le jardin botanique participe également à sa manière au traitement des allergies. En effet, en coopération avec la DRAS Pays de la Loire et l’association d’allergologues AEROCAP, on a créé un jardin expérimental, le pollinier sentinelle, qui regroupe la totalité des espèces du calendrier pollinique de la région nantaise. L’observation quotidienne de la libération des pollens permet de déterminer le tout début de la pollinisation d’une espèce et d’anticiper les traitements adaptés et ciblés correspondant à la sensibilité des patients. Ce jardin expérimental préfigure un prochain réseau de polliniers sentinelles dans les pays de la Loire qui se développera peut-être au rang national.

Une plate-bande située devant la grande serre est affectée depuis de nombreuses années à la présentation des plantes à fleurs pour massifs, généralement utilisées pour la décoration saisonnière de la Ville et du jardin. Ces plantes sont présentées correctement étiquetées, afin que le public puisse y trouver les renseignements qui permettront d’acquérir ces plantes chez les grainetiers (Voir Annexes V. 8. E).

Les collections de serres

Si le jardin botanique possède une importante collection plantée en extérieur, on trouve également des végétaux cultivés en serre. Il y a notamment un ensemble de plantes dites épiphytes, qui poussent en utilisant une autre plante comme support. L’aménagement actuel a été créé à la suite de recherches écologiques sur le fonctionnement des plantes épiphytes, menées au Jardin botanique depuis 1984. L’aboutissement de ces recherches écologiques a conduit à des publications. On a reçu de différents chercheurs français et étrangers près de 2000 espèces, presque toutes d’origine sauvage, qui sont actuellement rassemblées dans les serres. C’est une des plus remarquables collections de France. Cinq serres sont affectées à cet emploi, soit environ 600m2. Quatre types de climats sont créés dans ces serres, le climat tropical frais, tropical humide, le climat équatorial d’Amérique ainsi que le climat équatorial à mousson. Ces espaces sont gérés de manière écologique intégrale puisqu’aucun engrais ni aucun pesticide ne sont utilisés. Ce type de gestion est unique en France et attire de nombreux visiteurs.

On conserve également au jardin une collection de plantes succulentes[40] dont la base, environ 4000 espèces, provient de la donation Camboulive de 1983. L’origine génétique de ces espèces étant incertaine, un programme de renouvellement des plantes a été commencé dès 1984. Aujourd’hui près de 60% ont été renouvelées, donnant désormais à cette collection une véritable valeur scientifique. On trouve au jardin 4000 espèces dont 50% sont d’origine sauvage. Ces plantes sont séparées en deux catégories, les Cactacées provenant de zones arides des Amériques et les plantes succulentes qui appartiennent à diverses familles en grande partie africaines. Pour des raisons climatiques, elles sont séparées au niveau de la culture. La nef centrale est chauffée en hiver et consacrée aux succulentes africaines et malgaches. Les arrosages sont totalement raisonnés. Les végétaux sont arrosés selon des périodes précises entrecoupées de longues périodes sans pluie. Les ailes latérales sont maintenues hors gel et sont uniquement consacrées aux Cactacées cultivées traditionnellement en pot et arrosées à la main (Voir Annexes V. 9. A et V. 9. B). Dans l’orangerie, les plantes cultivées jusqu’en 1982 servaient principalement aux décors. Depuis, progressivement, des introductions par semis reçus à Nantes grâce aux échanges de graines entre jardins ont été réalisées. Tous les végétaux semés sont originaires des régions méditerranéennes et subtropicales, y compris des Iles Canaries. 250 espèces cultivées en pots ou en caisses sont hivernées dans l’orangerie et la serre adossée. Elles sont rempotées au printemps puis sorties en plein-air de mai à octobre, concourant ainsi à la décoration estivale (Voir Annexes V. 9. C). 100 espèces de Cactacées et de succulentes de grand développement sont cultivées comme des plantes d’orangerie et exposées dans une rocaille située devant la serre à plantes succulentes.

Les collections inertes

Le jardin possède en plus des collections vivantes, des collections dites « inertes ». Ces collections sont nécessaires au bon fonctionnement du jardin puisqu’elles permettent d’étudier de près les végétaux. Elles ne sont pas vivantes et montrent le côté « musée » du jardin botanique. À Nantes, plusieurs types de collections sont présents, comme les herbiers, la séminothèque, la photothèque, le fichier des stations ou encore la bibliothèque.

Trois herbiers sont réunis dans les collections du jardin botanique de Nantes et représentent un héritage très riche, significatif du passé du jardin. L’herbier de meilleure qualité est celui de Joseph Diard, directeur du jardin de 1911 à 1920. C’est un herbier dont les planches sont datées entre 1860 et 1870 et qui représente un ensemble complet de la Flore de l’Ouest de la France de l’époque. On conserve au jardin un herbier presque complet d’André Rousseau, mais de moins bonne qualité que celui de Diard, ainsi que l’herbier de Claude Figureau, l’actuel directeur. Ce dernier herbier est en ce moment complété par Monsieur Ferard. Enfin, l’herbier Hallet a été acquis récemment. Il provient d’un botaniste amateur du nord de la Loire-Atlantique.

La séminothèque du jardin botanique, commencée en 1972, comporte aujourd’hui presque 2000 graines de référence pour la flore armoricaine. Le moyen de conserver ces graines est simple, les graines sont nettoyées et stockées dans des sachets de cellophane. Cela permet aux botanistes d’observer et de comparer facilement les graines sans les manipuler directement, et ainsi de mieux assurer leur conservation. Cette collection de références est souvent utilisée pour contrôler des graines douteuses. Elle fait aussi l’objet de demandes de la part des archéologues confrontés au problème de l’identification des espèces dans le cadre d’études paléo-environnementales.

La photothèque représente une autre collection conservée au jardin. Depuis 1972, près de 20000 diapositives ont été réalisées et sont aujourd’hui classées en 42 rubriques dans des classeurs dits à «  panodia », exclusivement conçus pour ce type de documents. Les collections y sont représentées ainsi que les événements survenant au jardin : décorations florales, intempéries, etc… La flore armoricaine y tient une place prépondérante car chaque espèce sera à terme représentée par six diapositives. Elles représenteront la plante dans son milieu, la plante entière, le détail de la fleur, le détail de la feuille ainsi que celui de la tige, de la racine ou du bourgeon, et enfin la phytosociologie[41]du végétal. Chaque diapositive est étiquetée et porte un numéro de code. Des prêts sont effectués notamment à des enseignants des facultés afin d’illustrer des cours et conférences. Ces prêts démontrent l’importance du jardin et de ses collections dans l’apprentissage des sciences botaniques. Cette photothèque a même permis à la ville de participer activement à la création d’un cédérom sur la flore armoricaine intitulé « Floris Ente nature – végétaux du grand ouest[42]».

Un fichier de station a également été commencé en 1972. Il contient les fiches de chaque espèce de la flore armoricaine au dos desquelles figurent des extraits de la carte au 1/25000ème précisant l’endroit exact où a été observée la plante. Ce fichier est important car c’est un outil scientifique très recherché par les différentes administrations pour des inventaires, notamment par la Direction Régionale de l’Environnement dans le cadre de l’élaboration des Z.N.I.E.F.F (Zones Naturelles d’Intérêt Ecologique, Floristique et Faunistique). Les 1736 espèces de la flore armoricaine y figurent. Toutes ne sont pas fichées, certaines parce qu’elles n’ont jamais été rencontrées, d’autres au contraire car trop communes. Pour répondre à l’informatisation des données, chacune des observations est directement portée dans une base de données stationnelles simples ce qui permet une exploitation rapide.

Enfin, une bibliothèque est installée au jardin botanique et comporte 1844 titres. Les ouvrages sont spécialisés dans le jardin et surtout dans la botanique et les flores. Les trois quart sont d’un fonds ancien, datant d’avant 1930. Il y a eu peu d’acquisitions entre 1930 et 1970 mais les quelques ouvrages achetés sont des livres de botanique très beaux et très rares, une vraie richesse pour le jardin. On trouve notamment les 28 volumes de la Flore de Van Houtte, un explorateur belge du XIXe siècle. Ce type d’ouvrage a pour fonction de décrire les plantes et permet ainsi la détermination des espèces. L’ouvrage de Van Houtte est donc l’un des plus complets en la matière. Quelques flores ont été achetées dans les vingt dernières années, dont la Flore de l’URSS traduit du Russe en Anglais et dont 28 volumes sont parus. Les ouvrages sont consultables sur place et sont principalement utilisés par les étudiants de divers horizons mais aussi par les amateurs de plantes.

Les missions scientifiques et techniques

Nous l’avons vu, à partir de 1972 la volonté des botanistes du jardin était de retrouver la qualité du jardin du XVIIIe siècle sous la direction d’Ecorchard. L’organisation du jardin a été repensée et les échanges de graines largement relancés. Une photothèque a même été créée tout comme une collection de références de graines de la Flore Armoricaine, totalement originale. À partir 1983, Claude Figureau est nommé directeur du jardin botanique. Cette nomination lui permet de poursuivre ses travaux déjà entrepris lorsqu’il était botaniste entre 1972 et 1983. Afin de dynamiser le jardin, le nouveau directeur espère enrichir les collections, mission à laquelle il s’attache depuis déjà 14 ans. Effectivement, en 1980 les collections vivantes représentaient 3.150 espèces. Actuellement, elles atteignent les 11.500 espèces, et procurent ainsi au jardin de Nantes une des collections les plus riches de France. Une telle collection nécessite une bonne gestion scientifique et technique.

La gestion scientifique des collections

Pour bien gérer une grande collection, il est nécessaire de réaliser l’inventaire de celle-ci. L’Index Seminum est un document publié tous les ans, qui énumère toutes les variétés présentes dans le jardin. Cette publication est envoyée à 650 correspondants dans le monde entier, parmi lesquels d’autres jardins botaniques mais aussi des universités et des organismes de recherche. En retour, ces correspondants font parvenir au jardin leur propre index qui permet aux botanistes d’enrichir les collections du jardin botanique. Il peut même s’agir parfois de réintroduire des espèces disparues à la suite de maladies ou de vols. L’index du jardin botanique de Nantes comprend deux parties : l’une est consacrée aux graines récoltées dans la nature dans le Massif Armoricain, l’autre comprend les graines récoltées dans les collections. Cette récolte de graines dans la nature est organisée selon un thème écosystémique différent chaque année, écosystème maritime, steppique, forestier… Il est expédié en moyenne 9000 sachets de graines chaque année. L’Index Seminum est le premier exemple de la gestion scientifique de la collection au jardin, puisqu’il permet de bien connaître les espèces conservées au jardin et de faciliter les échanges entre jardins. Les graines expédiées bénéficient depuis 1987 d’un test d’écophysiologie de la germination, visant à définir le pouvoir germinatif des graines. Ce protocole, d’abord lancé à Nantes, est actuellement adopté par le Conservatoire de Brest, le Muséum d’Histoire Naturelle et quelques autres jardins botaniques. Ces tests permettent de fournir aux jardins qui souhaitent recevoir ce type de graines, les informations concernant les températures et les conditions de germination de la flore sauvage. Ces renseignements, obtenus après des expériences en incubateur, sont précieuses pour les botanistes qui à la réception des graines peuvent fournir les meilleures conditions pour leur germination.

Le jardin publie également ses annales, comme la plupart des autres jardins botaniques. On y trouve les différents travaux sur les collections du jardin et la publication des observations effectuées lors des herborisations. Cela représente une mine de renseignements pour la botanique régionale et nationale.

Au sein du jardin, le message scientifique est traduit par l’étiquetage des végétaux. Il existe deux formes d’étiquetage. Le premier est destiné au public et doit comporter au minimum le nom français de la plante et éventuellement le nom vernaculaire, ainsi que le nom latin complet avec la famille, la chronologie et l’écologie (Voir Annexes V. 8. B et V. 8. D). Il existe également un étiquetage interne qui indique uniquement le nom latin et le numéro d’introduction. Les expériences botaniques sont bien sûr réalisées directement au jardin afin de répondre à la mission scientifique du lieu. Dans les serres, on reconstitue par exemple des biotopes identiques à ceux du milieu naturel. La mise au point inédite d’une écorce artificielle a permis la culture des plantes épiphytes. Cette technique inventée par le jardin des plantes de Nantes a d’ailleurs été récompensée par un prix scientifique.

Les missions techniques

La qualité de l’entretien et le fleurissement du jardin botanique est incontestablement une mission prioritaire. Cette fonction d’espace vert de qualité qui en fait sa réputation, est un atout important pour la renommée de la Ville et de ses espaces verts. C’est aussi un moyen d’attirer le public. On propose au jardin botanique trois types de fleurissement qui s’échelonnent selon les saisons. Entre le 2 mai et le 15 juin, une dizaine de jardiniers plante des massifs de plantes estivales, en moyenne 85.000 plantes plantées en mosaïques. Les croquis de plantation sont réalisés par le responsable en collaboration avec l’agent de maitrise, au début du mois de septembre de l’année précédente. Afin d’assurer une dynamique et d’attirer le public fidèle ou occasionnel, la composition des massifs est différente chaque année (Voir Annexes V. 12). Entre le 1er octobre et le 20 novembre, on plante environ 78.000 plantes bisannuelles. La moitié de l’équipe est employé à cette tâche tandis que le reste du personnel s’attache à la plantation des chrysanthèmes. Ces plantes sont présentées du 15 au 31 octobre en divers lieux du jardin.

L’entretien du jardin botanique se fait comme celui d’un espace vert ordinaire. Dans la partie paysagère, les pelouses, les allées et les massifs d’arbustes sont entretenus régulièrement tout comme la restauration des rocailles, des petites fabriques, des clôtures et des jeux. Ce travail nous rappelle que le jardin botanique tient lieu à la fois d’espace scientifique et d’espace d’agrément dans la ville de Nantes. D’ailleurs, les missions confiées au personnel du jardin s’étendent parfois à la ville de Nantes ou à la région.

Les missions à plus large ampleur

Le jardin dans la Ville

Les capacités et les connaissances du personnel du jardin sont parfois mises à contribution pour la Ville. Certaines expertises sur les sites naturels de l’agglomération sont réalisées à la demande du Service des Espaces Verts et de l’Environnement, le S.E.V.E. Les agents du jardin botanique ont par exemple effectué des recherches sur la biodiversité dans la Ville en étudiant, entre autres, la végétation de l’Ile Beaulieu, celle de la rive nord de la Loire, entre Nantes et Mauves ou encore en analysant la valeur biologique de la pointe de l’Ile Beaulieu. L’inventaire est dirigé par le Jardin Botanique, en collaboration avec l’Université, spécialisée dans les insectes et le Museum, spécialisé dans les mammifères et les reptiles. Ces inventaires de la biodiversité à Nantes ont pour fonction de conseiller la Ville pour améliorer la gestion de ses espaces naturels.

Un plan de conservation de l’Angélique des estuaires a également été entrepris. Cette espèce n’existe que dans quatre estuaires dans la région nantaise, notamment à Couëron ou sur l’Ile de Nantes. Suite à un travail de recherches sur les besoins de cette plante au jardin botanique, le conservatoire de Brest en collaboration avec le jardin a créé un biotope[43]à Angélique. Ce plan local de conservation à Nantes est essentiel pourla bonne gestion des espèces et le maintien de la biodiversité surtout lorsqu’il s’agit d’espèces endémiques[44].

La ville de Nantes possède plusieurs jardins de grande qualité. La direction a demandé aux professionnels du Jardin Botanique de réaliser un inventaire complet de l’Hortus namnetensis[45], c’est-à-dire de toutes les collections de la Ville. Cet inventaire rassemble la collection botanique scientifique du jardin des plantes et des serres tropicales du Grand-Blottereau, autre espace de collections scientifiques sur les écosystèmes des zones tropicales. À ces deux ensembles très riches se rattachent la collection horticole du Cimetière-Parc, de la Beaujoire, du Parc du Grand-Blottereau ainsi que d’autres endroits moins importants où des collections ont été implantées. Avec les collections du jardin des plantes, on approche les 20.000 espèces. Cette mission d’inventaire est très longue à concevoir puisqu’il s’agit d’un véritable travail de terrain, de vérification et de saisie. Plusieurs années seront donc nécessaires pour cet inventaire. Le jardin botanique travaille en collaboration avec d’autres institutions qu’il serait trop long d’étudier. Cependant on peut citer l’Université, notamment la Faculté de pharmacie ou encore les associations de sciences naturelles ou d’amateurs de plantes.

Les missions régionales

À l’échelle régionale, l’activité botanique du jardin passe par différents établissements et associations. Le jardin botanique de la Ville devient progressivement le seul lieu détenant des informations botaniques, écologiques et stationnelles disponibles sur les végétaux sauvages de la région. Il devient donc un interlocuteur privilégié pour les services de la ville, du département, de la Direction Régionale de l’Environnement (la DIREN), de l’ONF, de la DRAF, de la Loire-Atlantique mais aussi des autres départements du Sud-Armoricain et parfois de Bretagne. L’activité principale à résonnance régionale est l’herborisation. Elle se fait en plusieurs opérations. Il s’agit dans un premier temps de collecter des graines pour l’Index Seminum et pour alimenter la séminothèque et le conservatoire de graines et semences. Puis, il s’agit de collecter des graines pour l’école de botanique et pour l’herbier. L’étape suivante est l’informatisation des données stationnelles des diverses espèces armoricaines avant d’observer et de publier le comportement des espèces rares, menacées ou protégées. Puis, il est nécessaire de collecter les données phytosociologiques et écologiques des plantes étudiées. Enfin, après toutes ces opérations, on peut alimenter la photothèque. Le jardin participe à l’opération d’inventaire des Zones Nationales d’Intérêt Ecologique Faunistique et Floristique puisqu’il détient une position très importante pour le patrimoine naturel régional, comme nous l’avons vu précédemment.

Les missions nationales et internationales

Les jardins botaniques français échangent leurs données sur le plan national comme international par l’intermédiaire de leur Index Seminum. Le jardin botanique de Nantes y participe activement. Sur le plan national, les différents jardins sont clairement identifiés et sont sollicités par les administrations et le Secrétariat « Faune/Flore » pour toute sorte d’inventaires ou d’autres opérations. Par exemple, le Ministère de l’Environnement a confié aux conservatoires botaniques nationaux des missions d’inventaires concernant les espèces rares ou menacées. Ces missions se répercutent bien sûr sur le réseau des Jardins Botaniques de France. Pour l’inventaire des plantes menacées en France, présenté au colloque « Planta Europa » en septembre 1995, le jardin botanique de Nantes a été mis à contribution. Les botanistes du jardin ont réalisé un rapport de synthèse sur le statut national de trois espèces. Ce type d’enquête est proposé aux jardins ou aux conservatoires qui sont libres de répondre. À Nantes, les botanistes y répondre régulièrement car il ne s’agit pour eux que de transmettre les observations réalisées durant les herborisations. Néanmoins pour rester informé sur les enquêtes botaniques par exemple, le directeur a demandé l’adhésion du jardin botanique à des associations. Parmi celles-ci, on trouve l’Association Française pour la Conservation des Espèces Végétales, l’A.F.C.E.V, qui dépend du Ministère de l’Environnement, de la Recherche et de L’Education Nationale. On peut également citer l’association des Jardins Botaniques de France et des Pays Francophones qui dynamisent et organisent le réseau national des Jardins Botaniques, présidée par l’actuel directeur du Jardin nantais.

Le jardin botanique de Nantes œuvre également à échelle internationale puisqu’il effectue certaines missions dans d’autres pays. En 2000, une première mission d’expertises a été réalisée à la demande du service des relations internationales de Nantes auprès du jardin botanique Martin Cardenas à Cochabamba en Bolivie. Une deuxième mission de trois semaines en 2002 avait pour but d’effectuer des explorations afin de restaurer les collections du jardin botanique Martin Cardenas. Une collection de plantes d’altitude, de 3500 à 4500m, a ainsi été décentralisée de Cochabamba à Nantes.

Au Cameron, les responsables du jardin nantais ont participé à la création des premiers jalons d’un sentier botanique autour de la lagune, qui préfigurent la création d’un futur jardin ethnobotanique[46] Plus généralement, le jardin entretient des relations suivies avec 750 correspondants du réseau international des jardins botaniques. Les échanges de graines par exemple, entre Nantes et les cinq continents, sont au cœur d’un programme de sauvegarde des plantes menacées dans le monde.

Les missions d’éducation

La mise en valeur du patrimoine naturel dépend en grande partie des animations et des services proposés au public. Malheureusement, faute de moyens humains et techniques, c’est actuellement le point faible du jardin. Cependant, certaines animations sont proposées au public et bien d’autres sont déjà imaginées par le directeur. On propose ainsi au jardin la visite de serres, celle à plantes épiphytes et celle à plantes succulentes. Ces visites sont proposées tous les jours de la semaine sauf le mardi, réservé aux visites scolaires.

Depuis la rentrée scolaire 1993, à la demande du Doyen de la Faculté de Médecine, le jardin botanique et le Muséum d’Histoire Naturelle ont assuré un cours de Sciences Naturelles. Il s’agit d’un module intitulé « organisation générale et interrelation des êtres vivants – place de l’homme dans la nature ». Cette intervention se fait dans les locaux municipaux et s’organise en une heure en salle et une heure en serre. Mais suite à un changement d’orientation dans les programmes, ce cours s’est interrompu en 1999.

Au CNFPT, des stages de botanique sont également proposés et assurés par le directeur du jardin des plantes, Claude Figureau. Les thèmes sont les plantes du bord de mer, la conduite des espaces naturels, la connaissance de la flore armoricaine et l’initiation à l’écologie. Dans le jardin, un document de visite réalisé en 1984 par la Direction, propose un circuit découverte du jardin des plantes. Distribué aux quatre entrées du jardin, il est proposé en trois langues. Le tirage en langue française atteint 20.000 exemplaires par an, ceux en Anglais et en Allemand 5.000 exemplaires chacun. Il est possible d’obtenir un de ces documents en italien, en espagnol ou en breton sur demande dans les bureaux.

Le jardin a également participé à la création d’un CD-Rom sur la Flore du Grand-ouest en coopération avec le service de formation de la DRAF. Ce document est destiné aux étudiants de lycée agricole dans un premier temps puis sera étendu aux autres lycées. Il porte uniquement sur la flore sauvage du massif armoricain dont une grande partie des photographies proviennent de la photothèque du jardin botanique.

CONCLUSION

Au XVIIe siècle, tout traçait la route de la création du jardin botanique de Nantes : la situation de la ville, le contexte politique et surtout la bonne intuition de Pierre Chirac de faire de Nantes l’antichambre du Jardin du Roi. La consécration de ce patrimoine naturel d’exception ne s’est cependant pas faite sans quelques difficultés. Nous l’avons vu, le jardin a connu des périodes fastes tout comme des moments difficiles. Dans les débuts du jardin botanique les collections ne cessent de croître. À l’époque, les plantes médicinales ne cessent de gagner du terrain au jardin et on introduit au fil des découvertes à travers le monde de nouvelles variétés de plantes. La construction d’un nouveau jardin, plus grand, entièrement dévoué à la botanique est alors indispensable. Le choix de donner à la Ville un nouveau sens a certes été décidé par Ordonnance du Roi, mais la réussite du jardin nantais dépendra essentiellement de l’implication du Maire et des directeurs successifs. Effectivement, il est indéniable de dire qu’Ecorchard a procuré au jardin botanique une grandeur et un rayonnement sans pareils. Outre la personnalité et la détermination de ce directeur, les fonds nécessaires à la création de la montagne artificielle par exemple, ont été donnés par le Maire. Les liens d’amitié entre les deux hommes et l’implication du Maire dans cette volonté de donner à la Ville un patrimoine naturel unique ont bien évidemment assuré l’avenir du jardin botanique. Hectot était lui aussi un excellent directeur avec l’intention de créer un jardin à la fois scientifique et esthétique. D’ailleurs, son célèbre magnolia, le plus vieux de France, demeure toujours au jardin des plantes. Hectot avait de nombreux projets mais aucun financement ne lui était accordé pour les mener à bien. À cette époque, seul le Conseil Départemental avait le pouvoir de décision puisque lui seul accordait les financements. Le jardin botanique a donc perdu toute vocation scientifique au bénéfice de la création d’une pépinière bien plus rentable selon le Conseil. Au départ d’Hectot, il n’est donc pas étonnant que l’on confie le poste de directeur à un pépiniériste, Antoine Noisette. Le jardin est en déclin et mérite à peine le qualificatif « botanique ». Noisette fait repiquer de belles plantes d’ornement, comme des rosiers ou des dahlias, créant ainsi un très beau jardin. Des plantes de nouvelles introductions sont également accueillies au jardin. Mais Noisette n’est pas un botaniste, il ne connait pas les végétaux intéressants du point de vue scientifique. Au jardin, il n’y a donc quasiment pas de plantes susceptibles de conduire à des recherches scientifiques. C’est seulement avec Ecorchard que le jardin retrouvera sa vocation scientifique. Lors de mon étude, j’ai choisi de ne pas parler des directeurs qui ont succédé à Ecorchard car les changements sous leur direction étaient moins significatifs. Par contre, j’ai étudié les missions actuelles du jardin botanique puisqu’elles concernent directement la mise en valeur du patrimoine naturel. Nous l’avons vu, il existe trois missions importantes pour le jardin. La priorité est la conservation de la flore puisqu’elle représente un enjeu patrimonial essentiel. Les activités scientifiques du jardin se poursuivent grâce notamment aux échanges de graines, déjà existant sous la direction d’Hectot. Chaque année, l’introduction de nouvelles espèces enrichit toujours plus les collections. Par ailleurs, le catalogue de graines, l’index seminum est chaque année édité afin de faciliter les échanges avec les 670 correspondants du jardin. Ce réseau regroupe près de 76 nations. Des herborisations sont effectuées pour alimenter en graines l’index seminum, mais aussi l’école de botanique. Des voyages dans les départements limitrophes du Sud Armoricain permettent au jardin d’acquérir une bonne connaissance de la flore sauvage, et de participer à des études d’impacts et d’aménagements dans les zones non urbaines. Ces remarques et ces découvertes faites au cours de ces herborisations sont d’ailleurs publiées, contribuant ainsi à l’inventaire et à une meilleure connaissance du milieu qui nous entoure. Le jardin est également un merveilleux outil pédagogique puisqu’il s’adapte au public en proposant des visites et des étiquetages adéquats. À la différence d’un simple musée, le jardin botanique est un musée vivant car il met harmonieusement en valeur les végétaux dans leur milieu naturel et car il est le lieu de découvertes scientifiques.

Nous l’avons vu, dans les débuts du jardin botanique, il s’agissait de constituer des collections intéressantes au sein de l’établissement. Avec Ecorchard, il s’agissait de mettre en valeur cet héritage en associant organisation scientifique et plaisir des yeux. Aujourd’hui, les missions du jardin sont de conserver, d’enrichir et de mettre en valeur ce patrimoine. Quelles seront alors les enjeux des jardins botaniques de demain ? À l’heure où le constat sur la disparition massive des espèces végétales et animales se confirme, les jardins botaniques du XXIe siècle seront incontestablement les établissements les plus aptes à conserver les végétaux les plus vulnérables. Pour cela, les recherches scientifiques devront se poursuivre afin de mieux connaitre notre flore et ainsi d’assurer une meilleure conservation « in situ » et « ex-situ ». Des partenariats entre jardins devront aussi être créés, en particulier avec les pays du sud, pour assurer un programme de conservation efficace. Enfin, les jardins botaniques seront les outils indispensables à la sensibilisation du public sur la richesse de notre patrimoine naturel et surtout sur la fragilité de son existence.

Bibliographie

Ouvrages de référence

  • ALLAIN Yves-Marie, D’où viennent les plantes ?, Paris, Calmann-Levy, 2004.
  • BARIDON Michel, Les jardins, Paris, Robert Laffont, 1998.
  • BENETIERE Marie-Hélène, Jardin : Vocabulaire typologique et technique, Paris, éditions du patrimoine, 2000.
  • MAGNIN-GONZE Joëlle, Histoire de la botanique, Paris, Delachaux et Niestlé, collection Les références du naturaliste, 2006.
  • VADON Catherine, Aventures botaniques, Strasbourg, J-P Gyss, 2002.
  • VAN ZUYLEN Gabrielle, Tous les jardins du monde, Paris, Gallimard, collection découvertes Gallimard art de vivre, 1994.

Ouvrages secondaires

  • DAYRAT Benoît, Les botanistes et la flore de France, trois siècles de découvertes, Paris Publication scientifique du Muséum National d’histoire naturelle, 2003.
  • HOQUET Thierry, Les fondements de la botanique, Linné et la classification des plantes,

Paris, Vuibert, 2005.

  • KNAPP Sandra, Le voyage botanique, Paris, Mengès, 2003.
  • THACKER Christopher, Histoire des jardins, Paris, Denoël, 1981.

Revues

  • Le jardin des plantes de Nantes, Nantes, SEVE, 2000.
  • Revue 303, Les jardins, 1987, troisième trimestre.

Annexes

Références

  1. BENETIERE Marie-Hélène, Jardin : vocabulaire typologique et technique, Centre des Monuments Nationaux, éditions du patrimoine, Paris, 2000
  2. DE BROUWER Desclée, Les quatre évangiles, Paris, AELF, 1981
  3. Image extraite du site internet thootweb.com
  4. FIGUREAU Claude, « Du jardin des Apothicaires au jardin des plantes de Nantes », Revue 303, 3ème trimestre 1987, n°14, pp. 53-56
  5. Archives Modernes de Nantes (AMN), R1, 30, 8
  6. Convention Nationale : Assemblée qui succède à l’Assemblée législative et qui dura du 20 septembre 1792 au 26 octobre 1795. Elle a notamment créé l’Ecole Normale Supérieure, l’Ecole Polytechnique, les Ecoles Centrales et le Muséum d’Histoire Naturelle.
  7. Arpent : « Ancienne mesure agraire divisée en 100 perches et variable selon les localités (de 35 à 50 ares) », Petit Larousse illustré, Paris, Librairie Larousse, 1980.
  8. Site de l’actuel lycée Clémenceau
  9. Droguier d’étude : collection de référence de toutes les drogues utilisées en pharmacopée
  10. Prével, La corporation des Apothicaires de Nantes avant et après la Révolution, 1874.
  11. Planche de jardin : « pièce découverte rectangulaire, large d’environ 1,25m, parfois légèrement bombée. La planche de botanique est une planche de jardin réservée à la culture de végétaux botaniques ou médicinaux, généralement dans une école de botanique. » BENETIERE Marie-Hélène, Jardin : vocabulaire typologique et technique, Paris, Editions du patrimoine, 2000.
  12. Nivellement : « Aplanissement du sol » BENETIERE Marie-Hélène, Jardin : vocabulaire typologique et technique, Paris, Editions du patrimoine, 2000.
  13. Muséum National d’Histoire Naturelle, signé de Jussieu, Desfontaines et Thouin, 1823
  14. Bocage : Type de paysage rural composé de prairies entourées de haies, talus, clôtures ou murs de pierres.
  15. 15,0, 15,1 et 15,2 BARIDON Michel, Les jardins, Paris, Robert Laffont, 1998
  16. AMMN R1, 30
  17. Archives municipales de Nantes
  18. 18,0, 18,1, 18,2 et 18,3 VADON Catherine, Aventures botaniques, Strasbourg, J-P Gyss, 2002
  19. Lettre de 1734 à un de ses amis, traduction de Michel BARIDON, Les jardins, paysagistes, jardiniers, poètes, Paris, Robert Laffont, collection bouquins, 1998, p.803
  20. Fabrique : Petit bâtiment pittoresque décorant un parc, notamment un jardin « à l’anglaise »
  21. Acclimater : Habituer à un nouveau climat
  22. 22,0 et 22,1 Ordonnance du roi Louis XV de 1726
  23. Plantes de filature : Plantes dont on exploite les fibres de la tige pour la fabrication de textiles
  24. Manuscrits du Muséum National d’Histoire Naturelle, Ms 1418
  25. L'aberration sphérique est le défaut optique dû au fait que les rayons lumineux qui passent par les bords de la lentille d'un objectif ne convergent pas sur le même plan que les rayons passant par le centre. Dans ce cas, l'image ne peut pas être nette en même temps au centre et sur les bords, www.wikipedia.fr
  26. Aratoire : Qui sert au travail de la terre, au labourage.
  27. Drageon : Rejeton qui naît de la racine des arbres. Petit Larousse illustré, Paris, Librairie Larousse, 1980
  28. Nouvelle-Hollande : À partir de 1614, Nouvelle-Hollande est le nom donné aux territoires compris entre la Virginie et la Nouvelle-Angleterre, suite à la colonisation néerlandaise.
  29. Manuscrits du Muséum national d’Histoire Naturelle, Ms 1976
  30. Multicaule : À la tige ou au tronc ramifié, Petit Larousse illustré, Paris, Librairie Larousse, 1980
  31. Journaux : Unité de mesure utilisée dans le milieu rural sous l’ancien régime. Un journal représente la surface qu’un paysan pouvait labourer en une journée
  32. Archives de Loire-Atlantique 1M1988
  33. Les jardins ou l’art d’embellir les paysages, Jacques Delille, 1782
  34. AMN 01, 11, 3 (espaces verts)
  35. Magnolia Yulan : de son nom latin Magnolia denudata, cette plante fût plantée pour la première fois au Jardin des plantes de Paris en 1789
  36. Ecole de botanique : L’école de botanique présente un échantillon représentatif des familles et des genres organisés selon un système de classification botanique. Les végétaux y sont étiquetés. Les espèces sont cultivées en pleine terre dans des planches de botanique ou dans des serres froides, chaudes ou tempérées. BENETIERE Marie-Hélène, Jardin : Vocabulaire typologique et technique, Paris, éditions du patrimoine, 2000
  37. Arborétum : L’arboretum est un parc botanique spécialisé dans la présentation et l’étude des végétaux ligneux. BENETIERE Marie-Hélène, Jardin : Vocabulaire typologique et technique, Paris, éditions du patrimoine, 2000
  38. Cordeau : corde de faible diamètre, qui sert le plus souvent pour aligner. Petit Larousse illustré, Paris, Librairie Larousse, 1980
  39. Rapport de H.A. Weddel, secrétaire de la Société Botanique in Aventures botaniques, VADON Catherine, Strasbourg, J-P Gyss, 2002
  40. Plante succulente : il s’agit d’une plante charnue, que l’on nomme également « plante grasse », et qui est capable de survivre dans les milieux arides
  41. Phytosociologie : La phytosociologie est la branche de l’écologie et de la botanique qui étudie la manière dont les plantes dans la nature s’associent dans l’espace et dans le temps pour composer les différentes entités de végétation. www.wikipedia.fr
  42. Floris Ente nature – végétaux du grand ouest, conçu par Sylvestre informatique, sous la direction du Ministère de l’Agriculture et de la Mairie de Nantes
  43. Biotope : Ensemble environnemental qui accueille une flore et une faune spécifique
  44. Endémiques : espèces qui ne se trouvent que dans un territoire
  45. Hortus namnetensis : Le peuple des Namnètes occupait à l’époque gauloise les terres entre Nantes et Angers, le long de la Loire. Les ancêtres des Nantais sont donc les Namnètes, d’où le nom d’Hortus namnetensis pour définir la flore de cette région
  46. Jardin ethnobotanique : Le jardin ethnobotanique présente des collections de plantes utilisées par l’homme. BENETIERE Marie-Hélène, Jardin : Vocabulaire typologique et technique, Paris, éditions du patrimoine, 2000